Cette semaine commence le long marathon de la réforme des retraites. Cela vous inspire deux réactions un peu vives.

Ce n'est, d’abord, pas une bonne nouvelle que la France y consacre à partir d'aujourd'hui six mois de débats, de polémiques, et sans doute de manifestations. Cela va faire passer au second plan d'autres urgences toutes aussi urgentes. Ensuite, c'est bien parce que la gauche a refusé toute forme de consensus sur le sujet depuis dix ans qu'on en est là. Le gouvernement va reprendre à son compte 95% de la réforme Sarkozy qu'il avait contestée, comme le départ à 62 ans, et va même aller plus loin. Il n'y a pas de quoi être fier, collectivement, politiquement, de ce résultat. Après 2003, 2007 et 2010, il y aura en 2013 une quatrième réforme. Combien d'heures de radio, de télévision, de tonnes et de tonnes d'articles dans les journaux alors que la plupart de nos voisins ont réglé cela en une seule fois !

On connaît donc déjà le contenu de ce qui sera fait ?

Bien sûr. La borne de 62 ans sera pour l'essentiel conservée. Le nombre d'années de travail nécessaire pour avoir une retraite à taux plein sera relevé au delà des 41,5 années prévues par la réforme précédente. Ce qui ne constitue en aucun cas une réforme puisque, on l'oublie toujours, la loi prévoit un ajustement automatique entre l'évolution de l'espérance de vie et ce curseur. Le gouvernement a aussi envie de relever les cotisations sociales payées par les entreprises et les salariés. Il y aura la question du pouvoir d'achat des retraités. A gros traits, voilà ce qui se prépare.

Vous passez sous silence la question des inégalités...

Non. Mais il est peu probable que le gouvernement ira loin avant les municipales. Il répétera matin midi et soir que Nicolas Sarkozy avait promis de revoir les régimes spéciaux de retraite et que si cela n'a pas été fait, c'est de sa faute. Les policiers, conducteurs de la SNCF, douaniers, pompiers, contrôleurs aériens et autres catégories dites actives (les autres salariés ne sont pas actifs ?) continueront donc (sauf surprise) à partir à l’âge incroyable de 50 à 57 ans. Quand aux fonctionnaires, qui bénéficient d'un régime apparemment plus favorable (calcul de la pension sur le dernier salaire - mais sans les primes), le gouvernement marchera sur des œufs. Mais il y a bien d'autres inégalités, entre les veufs et les veuves, les hommes et les femmes, les ouvriers et les cadres qui persistent encore.

Tactiquement, vous avez l'impression que le gouvernement a une idée derrière la tête...

Oui, si l'on en croit des confidences qui recoupent l'interview qu'a donné hier le député très informé Jean-Marie Le Guen au JDD . L'idée serait que la réforme ne concerne pas les salariés qui sont tout prêt de la retraite, au-delà de 57, 55 ans, voire moins. Officiellement, parce qu’on ne change pas les règles au dernier moment. En fait, parce que ce sont eux qui manifestent généralement le plus ! Ce serait un signal terrible pour les plus jeunes. Pour la gauche, qui s’est mis toute seule dans un corner, la route est peut-être droite, mais la pente est forte et elle est attendue au tournant.

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