Les artistes et techniciens du Printemps des Comédiens poursuivent leur grève à Montpellier, et les syndicats menacent de perturber toute la saison des Festivals si le problème des intermittents n’est pas réglé. Est-ce qu’ils ont raison ?

Ce nouveau mouvement des intermittents du spectacle, qui inquiète le gouvernement et l’a poussé à nommer un médiateur, est récurrent. On se souvient de l’annulation des Festivals partout en France en 2003. En fait, à chaque fois que le patronat et les syndicats revoient les règles d’indemnisation du chômage, la question des intermittents revient sur la table alors qu’ils ne représentent qu’une infime proportion de l’ensemble des salariés. Ce conflit montre, je crois, que ce n’est pas à l’assurance-chômage de gérer ce qui est clairement une subvention au monde de la Culture. Ce devrait être à l’Etat et à la solidarité nationale par l’impôt. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aider les artistes et techniciens, dont la situation est particulière : ils ont des employeurs multiples et des périodes d’emploi morcelées. La majorité d’entre eux, à l’évidence, ne gagne pas des ponts d’or. Mais le système actuel est à la fois injuste et illégitime.

Pourquoi ?

Il est injuste parce que seuls les salariés du secteur privé financent, par le biais de l’Unedic, l’assurance-chômage des intermittents. Pour l’essentiel, les fonctionnaires, les professions libérales, les retraités, ne sont pas concernés, ne contribuent pas. Or ces trois catégories sociales vont évidemment au cinéma, au théâtre, au concert, au spectacle...

Voilà, selon vous, pour l’injustice ... Mais le système actuel est aussi, dites-vous, illégitime ?

On invoque la solidarité interprofessionnelle pour justifier le soutien apporté par l’ensemble des salariés aux intermittents. Les ouvriers du bâtiment, les cadres commerciaux doivent aider les maquilleuses, les acteurs et les chargés du son. Mais le système actuel est tellement déséquilibré que l’on doute de cette thèse. Aucune autre activité ne fonctionne en reposant à ce point sur l’indemnisation comme le font la culture et la communication – avec des abus que personne ne conteste. Le besoin de financement du régime des intermittents dépasse le milliard d’euros par an, pour 100.000 personnes indemnisées. C’est un quart du déficit de l’Unedic qui concerne 16 millions de salariés et 2 millions de chômeurs. C’est vrai, le député et médiateur Jean-Patrick Gille a contesté ce calcul. Pour lui, le surcoût du régime n’est que de 320 millions puisque de toute façons les intermittents auraient droit, s’il n’existait pas, à être indemnisé selon les règles ordinaires. Mais, justement, cela veut dire que même avec le régime ordinaire, le déficit serait de 700 millions, (toujours pour 100.000 personnes). En réalité, ce système n’est pas une assurance-chômage, mais un complément de revenu apporté à un intermittent sur deux. C’est donc à l’Etat de les aider. En attendant, les intermittents ne vont pas remercier le Medef qu’ils haïssent de les subventionner, mais ils pourraient se souvenir que chaque salarié en France les aide à hauteur de 62 euros en moyenne par an.

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