Vous revenez sur une information passée assez inaperçue : la diminution du nombre de pays pauvres dans le monde. On ose à peine l'écrire : la mondialisation n'y est pour quelque chose. Où sont passés les tiersmondistes des années 70 ?

A l’exception d’une brève dans le journal de Sébastien Laugénie à 7 heures 30 la semaine dernière, et d’articles des Echos et du Monde, la nouvelle signalée par la Banque mondiale a été plutôt ignorée : le nombre de pays très pauvres sur la planète a diminué nettement depuis vingt ans. Ils étaient 64 en 2001, ils sont 34 aujourd’hui, avec le critère d’un revenu national par habitant inférieur à 1.000 dollars par an. La majorité des pays pauvres qui le sont encore sont en Afrique, comme le Mali, le Niger, l’Erythrée, la République du Congo etc. 

Alors pourquoi cette division par deux des pays dans la misère ? Il y a d’abord le boom des matières premières, qui a par exemple aidé la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Ghana, le Mozambique ou la Tanzanie. D'autres pays, en Asie centrale, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kirghizistan ont redressé leur économie, et la fin de guerres a joué aussi au Libéria, au Sierra Leone et au Rwanda. Enfin, l’intégration dans le commerce régional et mondial a été favorable au Burundi, à la Moldavie, au Kenya et au Nicaragua. 

Au total, sans oublier le rôle des annulations de dettes, la Banque Mondiale voit les effets positifs de la mondialisation. Nous discutons ici beaucoup des effets négatifs de la mondialisation pour les classes moyennes occidentales. C’est le revers de la médaille, mais il y a la médaille. La nouvelle répartition de la richesse dans le monde se fait au sein des pays et entre les pays.

Pourquoi cette discrétion ?

Eternelle question : pourquoi les trains en retard nous intéressent-ils plus que ceux qui arrivent à l’heure ? Cela a un côté positif, l’insatisfaction fait progresser. Il est logique aussi que nos difficultés à nous nous touchent plus que l’amélioration de la vie lointaine. Mais au-delà, il y a ce que le statisticien et médecin suédois Hans Rosling appelait le paradoxe du chimpanzé. Quand on propose trois réponses à une question à un groupe d’individus, la majorité choisit toujours la réponse la plus pessimiste. Alors qu’à un test adapté, les chimpanzés sont plus proches, par le hasard, de la vérité. Pendant des millions d’années, nous avons progressé, nous les humains, en voyant des dangers partout, pour survivre, quitte à les exagérer. Nos gênes auraient vraiment du mal à voir ce qui va mieux et bien. Voilà, je nous laisse avec cette question métaphysique. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.