• Alors, allez-vous sacrifier vous aussi à l’exercice imposé de la journée, la commémoration du 10 mai 1981 ?

Oui, sous l’angle économique et décalé. La commémoration est un exercice très français. En novembre, nous avons eu la célébration des 30 ans de la mort du Général de Gaulle, avec la question : « que reste-t-il du gaullisme ? ». En janvier, quinzième anniversaire de celle de François Mitterrand avec : « que reste-il du mitterrandisme ? ». Le même jour, hommage à Philippe Séguin disparu un an plus tôt et (devinez) un colloque sur le séguinisme. Aujourd’hui, c’est plus réjouissant, les 30 ans du 10 mai 1981 – plus célébrés (vous l’avez remarqué) que les 20 ans, peut-être à cause de 2012... Plutôt que de disserter sur la France qui a changé ou l’héritage de 1981, je préfère retenir six dates (subjectives) qui ont marqué, structuré, les trente dernières années. Sur le plan de la politique économique, de la monnaie, du social, de la technique, de l’industrie et de la finance.

Par ordre chronologique, on commence en 1983. Oui, deux ans après 1981, la gauche, on le sait, est contrainte de faire son deuil de la politique de relance par les revenus sociaux qui va à contre-courant de la conjoncture mondiale. Du coup, les comptes extérieurs dégringolent. Là, il faut soit quitter le système monétaire européen et dévaluer soit changer de cap. Mitterrand choisit la rigueur et l’Europe. C’est 1983. Trente ans après, droite et gauche, la rigueur reste le mot tabou absolu et repoussoir. Pourtant, le plus cocasse est que la rigueur est plus un mot qu’un fait. Les dépenses collectives (services publics) représentaient 43% de la richesse nationale en 1980, 56% aujourd’hui. Une partie est financée par l’impôt, le reste par le déficit. La deuxième date concerne la monnaie. C’est 1992, le référendum sur Maastricht qui conduira vers l’euro dix ans plus tard. C’est historique. C’est le vrai héritage de Mitterrand. Aujourd’hui, les deux tiers des Français souhaitent conserver la monnaie unique mais les marchés ont un rôle inattendu.

1983, 1992, troisième date : 2000 - La troisième date est sociale : au début des années 2000, les 35 heures changent la vie de millions de salariés. Surtout celle, en fait, des employés du privé ou du secteur public, des cadres et des (disons-le) journalistes. Mais les salaires ont mis des années avant de s’en remettre. La quatrième date – 2001 - est celle d’une révolution technique dans notre vie. C’est cette année là qu’un Français sur deux a eu un téléphone portable. L’intéressant est l’accélération : il a fallu 50 ans pour que la moitié des Français aient une voiture mais moins de 10 pour qu’un sur deux ait un portable.

Cinquième et sixième tournants : 2006 et 2008. - 2006 parce que, pour la première fois, un groupe industriel français, Arcelor (avec toute l’histoire d’Usinor), est racheté par un industriel d’un pays émergent, l’Indien Mittal. 2008, à cause de la crise financière qui a montré que l’économie ne peut pas aller jusqu’au ciel en s’appuyant sur du sable, celui de la finance sans contrôle. Trois ans après, on n’est pas certain que les leçons aient été comprises.

Six dates depuis 1981, y a-t-il une conclusion à retenir ? - Oui, que dans les trois premiers cas, les politiques étaient aux manettes ; que dans les trois suivants, ils étaient ou sont spectateurs.

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