La situation grecque est chaque jour plus compliquée à suivre. Où va-t-on ?

Question simple, réponse simple : on va dans le mur et cela est de plus en plus visible si on prend du recul et si on oublie les péripéties qui nous bouchent les yeux au quotidien. Quelles péripéties ? Hier soir, on a appris qu’une troisième tentative depuis dimanche allait être faite pour former un gouvernement. Le premier essai avait été confié au grand parti de centre droit, Nouvelle alliance. Echec. La gauche radicale et anti-européenne a eu ensuite sa chance. Echec. Et donc, ce sont les socialistes du Pasok qui vont tenter - aujourd’hui - l’impossible avec des partis morcelés et décrédibilisés. Faisons le pari que si ça marche, cela ne durera pas. Voilà pour la politique. Côté économie, on a appris dans la nuit que l’Europe allait verser aujourd’hui 4 milliards d’euros d’aide à la Grèce, mais un peu moins que prévu.

Et si on se débouche les yeux ou si on regarde derrière le rideau, que voit-on ?

L’évidence est que la perspective du maintien de la Grèce dans l’euro est de moins en moins vraisemblable. Quelle est la situation ? Un : l’économie a reculé de 15 à 20 % en quatre ans ; Deux : les Grecs, selon le point de vue que chacun choisira, n’acceptent pas les plans d’austérité, ne peuvent pas les supporter ou refusent les mesures qui pourraient redresser le pays. Trois : l’Europe a apporté à Athènes le plan de sauvetage le plus important de l’Histoire à un pays en difficulté. En cumulant les aides, les prêts et les effacements de dettes, 380 milliards d’euros ont été mobilisés - dont 143 milliards déjà versés concrètement. 380 milliards, c’est 33.600 euros par Grec, ou encore 177% du PIB grec.

Au-delà des chiffres, que cela signifie-t-il ?

Même en étalant le calendrier exigé par l’Europe pour la réduction des déficits en contrepartie de son aide, même en abandonnant certaines mesures d’austérité, on ne voit pas quel colmatage pourrait fonctionner. On ne voit pas comment l’opinion européenne pourrait accepter de boucher un puits sans fond ; on ne voit pas comment les Grecs peuvent accepter une situation dont ils ne voient pas le bout, même s’ils en sont collectivement en partie responsables.

La sortie de l’euro est donc au bout du chemin ?

Plus d’une chance sur deux. Elle se traduirait par une dévaluation massive de la monnaie grecque - même si le pays n’exporte pas grand-chose. Cela étant, deux éléments peuvent faire penser à une autre issue. Un, la question est de savoir si la Grèce serait contagieuse au Portugal, à l’Irlande, à l’Espagne, et serait dure à supporter pour les créanciers de la Grèce. Là, en réalité, ce serait à moitié vrai seulement parce que les créanciers d’Athènes sont désormais la BCE et les institutions européennes, qui y survivront. La deuxième question sur la sortie est de savoir si ce serait la mort politique de l’euro, de ce projet européen. C’est possible, ce n’est pas sûr. Mais c’est là que nous en sommes maintenant.

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