Ce matin : la loi El Khomri sur la pente glissante de la loi Macron.

Oui, la menace qui pèse d'heure en heure davantage sur la loi El Khomri, c'est de trébucher, article 49-3 ou pas, sur deux écueils qui ont fait déraper la loi Macron en 2015. Le premier écueil, c'est celui de la complexité qui fait qu'à la fin des fins personne n'y comprend plus que pouic et que les compromis sont si sophistiqués qu'il ne se passe plus rien au moment de l'application concrète sur le terrain économique. Il y a un an, les députés consacraient des centaines d'heures de débats à l'ouverture des grands magasins parisiens le dimanche. Eh bien, à l'heure où je vous parle, les Galeries Lafayettes et le Printemps du boulevard Haussmann sont toujours fermés. La négociation a été tellement cadenassée que les syndicats ont eu la peau de la réforme. Avec le contenu, cette année, de la loi El Khomri, seuls les juristes suivent désormais le match tandis que les avocats sont au 7ème ciel en pensant à leurs honoraires.

Second écueil ?

Du point de vue des acteurs économiques, il n'y a plus de déclic dans la loi, de mesure qui fait tilt aux yeux du plus grand nombre. Pour les salariés, il y a le compte personnel d'activité, mais pour les entreprises, c'est moins clair. La clarification des indemnités prud'hommes, disparue ; la sécurisation du licenciement économique va rester suspendue au conseil constitutionnel et à l'appréciation des juges. Une fois la fièvre retombée, on s'était déjà aperçu qu'il ne restait pas grand-chose de la loi Macron. Dans les 308 articles, il y a sans doute ici ou là des choses utiles, mais on a surtout retenu la libéralisation des cars. Souvenez-vous du bruit fait autour des notaires : finalement leurs tarifs ont baissé de 2,5 %. En temps ministériel et parlementaire, cela fait cher payé !

Le gouvernement devrait-il jeter l'éponge ou passer en force ?

Trop tard pour l'un comme pour l'autre, le mal est fait. Macron avait multiplié les compromis mais le 49-3 a quand même été utilisé ; ni le beurre ni l'argent du beurre. Ce sera la même chose pour El Khomri, qui affronte une majorité rétive, un patronat pas content et la CGT et FO non plus. Quoi qu'il arrive, personne ne sera content. Seule certitude, cet épisode restera dans les manuels de sciences politiques sous la têtière du plus gros gadin social imaginable. C’est déjà ça.

Myriam El Khomri
Myriam El Khomri © corbis
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