Le conseil constitutionnel a ouvert la voie à un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris. Celle-ci est au minimum retardé d'une quinzaine de mois, et peut-être enterrée.

Une des questions, au-delà du camouflet politique pour le gouvernement, au-delà de la victoire de l’attelage original (ou disons-le, baroque) entre les socialistes, les Insoumis et la droite, l’une des questions porte sur les conséquences économiques de cette décision. 

La privatisation est, c’est certain, reportée au minimum d’une grosse quinzaine de mois, et en réalité il est tout à fait possible voire probable qu’elle n’ait jamais lieu. 

Certes, le gouvernement pense que ses opposants auront du mal à réunir 4,7 millions de pétitionnaires (ce qui est nécessaire pour déclencher un vrai référendum). La pétition dite Affaire du siècle sur le climat, thème quand même plus large, en réunissait 2,2 millions hier soir. 

Mais même s’il y a deux millions de signataires, ce sera compliqué et on voit mal quelles entreprises françaises (qui ont des clients français) se porteraient ensuite candidates à la privatisation sans bien peser le pour et le contre. Vinci a déjà dit que le rachat d’ADP n’est pas vital pour lui, le premier opérateur aéroportuaire privé au monde vient d’ailleurs de reprendre l’aéroport de Gatwick à Londres. 

A court terme, Aéroports de Paris va continuer à vivre avec l’Etat à son capital, Etat qui quant à lui peut oublier les 10 milliards d’euros qu’il attendait de la vente pour financer des innovations et, surtout, pour éviter que la dette publique passe les 100% du PIB. ADP a quoi qu'il en soit des projets ambitieux. mais a dévissé en Bourse jeudi (- 6% environ), puis à nouveau vendredi matin (-9%).

Bon, tout cela c’est technique, mais il est clair que cette défaite du gouvernement marque symboliquement la fin de la période libérale du quinquennat, qui suit de quelques jours l’inflexion en direction du pouvoir d’achat des ménages. 

Et au-delà ? … Se pose une question plus lourde, celle de l’affaiblissement de la démocratie parlementaire face à la démocratie directe. Naturellement, tous les bons esprits saluent cette victoire de la démocratie. 

On a souvent exprimé des réticences, à ce micro, ici et ici, sur la privatisation d'ADP, en raison notamment du précédent des autoroutes (non prononcé à l'oral faute de temps, ndlr). 

Mais à quoi servent les centaines d’heures de débats parlementaires sur la privatisation d’ADP, votée dans des conditions légales, s’il existe une procédure de rattrapage pour ceux qui ont perdu dans les hémicycles ? 

Demain, une réforme des retraites, de la santé, fiscale, votée par le Parlement mais non encore promulguée pourrait-elle emprunter le même long chemin ? Il n’y a pas à douter que dans ce cas, le procès de l’impuissance des responsables politiques reviendrait en force. 

Qui y gagnerait ? Personne. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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