Le projet de loi sur le piratage Internet arrivera cette semaine à l’Assemblée (il était prévu pour aujourd'hui, il est finalement repoussé à demain), où la discussion promet d’être animée. Ce débat sur un texte qui envoie un bon signal mais qui est largement insuffisant va être très intéressant. D’abord parce que le téléchargement de musiques, de films et de séries intérèsse - pour ne pas dire concerne - beaucoup de monde. Ensuite parce que la France va être quasiment le seul pays à légiférer sur le sujet et à instituer une Haute autorité pour punir les fraudeurs qui s'appelle l'Hadopi - ça fait aussi sérieux qu'Okapi. D’autres ont mis en place des sanctions graduées. Mais la France va plus loin puisque la ligne Internet du « pirate » pourra éventuellement être coupée de façon temporaire par les fournisseurs d'accès. Enfin, l’enjeu économique est considérable : Les ventes de disques ont déjà reculé de 23% en 2007 et encore de 20% en 2008, autant dire qu’ils auront disparu dans cinq ans. La perte annuelle due au piratage dépasserait le milliard d’euros. Mais plutôt que la sanction, n’est-ce pas aux entreprises d’inventer un nouveau modèle économique ? L’un n’exclut pas l’autre. C’est vrai que la filière culturelle, distributeurs, producteurs, a une responsabilité dans ce qui lui arrive. Elle a passé beaucoup de temps à comprendre et à lutter contre la dématérialisation des musiques et des films. Elle a essayé de préserver un modèle dont le client était un peu prisonnier : prix élevé des CD et des DVD, achat obligatoire d'un disque avec quinze morceaux quand vous voulez juste en écouter un. Aujourd’hui, les catalogues de films en ligne sont affligeants de médiocrité. Et puis, disons-le : les maisons de disque, les producteurs de cinéma ont une image médiocre dans l'opinion, celle de majors richissimes, face à des gentils Robins des bois d'Internet. Il n'en reste pas moins que c’est bien la création qui est en jeu. Johnny Halliday, Madonna ou Clint Eastwood n’auront jamais aucun problème parce que leurs concerts ou la projection de leurs films en salle leur suffisent largement. Mais c’est l’argent qu’ils rapportent aux producteurs qui permet à ceux-ci de financer des auteurs encore peu connus. On entend souvent que le piratage ne va pas tuer le disque et le cinéma parce que le magnétoscope n’a pas tué le cinéma, et que les bibliothèques n’ont pas tué le livre. Le parallèle est faux. La nouveauté d’Internet est la mise en ligne d’un produit disponible partout, sans contrainte, et reproductible à l’infini. C'est très bien qu'Internet bouscule un secteur qui vivait à l’abri. Mais il est utile de faire comprendre que tout n’est pas gratuit. Mais cette loi ne sera-t-elle pas dépassée dès qu’elle sera votée ? C’est possible, la loi n'est certainement pas suffisante surtout quand l’on voit qu’il faut quelques semaines pour inventer des nouveaux logiciels et que cela fait dix ans que le législateur cherche désespérément la bonne solution pour protéger les œuvres artistiques sans la trouver. Cela a commencé avec le site d’échange Napster, c’est déjà loin. Techniquement aussi, l'affaire va être compliquée, juridiquement aussi. Si les expériences montrent que 80% des téléchargeurs arrêtent après un avertissement, il faudra envoyer des dizaines de milliers de courriels chaque semaine. C'est un peu une usine à gaz. L'opposition, qui va voter contre, a-t-elle une autre solution ? A ses yeux, ce texte rappelle les combats de la droite contre les radios libres en 1981. Elle propose un forfait mensuel pour acheter en ligne. Mais les professionnels ont déjà rejeté l’idée. Conclusion ? La filière culturelle peut prier pour que le bruit autour des sanctions fasse son effet mais elle devra d’abord compter sur ses propres forces.

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