Depuis hier, la totalité des entreprises du CAC 40 ont publié leurs résultats 2010. Leurs bénéfices atteignent 83 milliards d’euros, un quasi-doublement. C’est une bonne nouvelle ?

C’est une excellente nouvelle pour les entreprises du CAC 40, qui ont le sourire aux lèvres. Mais ce qui suscite une grimace, c’est que ces résultats sont le symptôme d’un pays qui avance de plus en plus à deux vitesses. Et cela n’est pas sans lien avec la situation politique actuelle, la poussée de l’extrémisme. Si on regarde ces champions, cinq ont vu leurs bénéfices reculer, une seule est dans le rouge, Alcatel-Lucent. Pour le reste, automobile, banques, pharmacie, luxe, les résultats sont exceptionnels. A l’international, ces entreprises conquièrent des clients, mais elles font aussi des bénéfices record. Le CAC 40 réalise les trois quarts de son activité ailleurs qu’en France. Cela intéresse moins que les bénéfices, mais son chiffre d’affaires mondial pèse 1.300 milliards d’euros : les 2/3 du PIB français, 4 fois les dépenses de l’Etat. Ces entreprises méritent donc qu’on leur dise bravo et il est curieux que leur succès soit si peu assumé collectivement.

Mais c’est un symptôme. Oui ! La question va au-delà du cliché -exact, mais battu et rebattu– du divorce entre les grandes entreprises et les PME. Les brillants résultats du CAC 40 témoignent de l’écart entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Les gagnants, ce sont les grandes entreprises, leurs cadres, leurs expatriés, leur 1,7 million de salariés en France – des salariés qui sont (globalement) bien payés et qui ont (en gros) la sécurité de l’emploi. Les perdants, ou ceux qui le ressentent comme tel, ce sont les ouvriers non qualifiés, les employés peu formés, les sous-traitants pressurés, l’électorat populaire. Le fossé se creuse, et la poussée du FN pour une part s’explique là.

Les entreprises du CAC 40 sont coupables de ce fossé ? Non, elles sont responsables de leurs résultats, pas de la France ! Elles se considèrent patriotes et estiment qu’elles font beaucoup ici –et c’est vrai. Mais elles ne peuvent se désintéresser des risques de divorce entre elles et les Français. De l’image qu’elles ont. Un seul exemple : Capgemini, un vrai succès, a augmenté l'an dernier ses effectifs de 18.000 personnes dans le monde, dont 10.000 en Asie et... 245 en France. C’est compliqué à expliquer ! Le taux de marge des géants du CAC est quasiment au plus haut depuis 30 ans et la moitié des bénéfices vont partir en dividendes aux actionnaires. Cet argent gagné à l'étranger (souvent peu imposé d’ailleurs) doit évidemment profiter aussi aux salariés, aux clients, aux sous-traitants et aux investissements en France.

Les grands patrons ne doivent pas s’engager en politique, quand même ? Non ! Mais ils pourraient être plus présents dans les débats publics, économiques et sociaux. Pour s’expliquer, pour répondre aux interrogations. Ils ne devraient pas avoir peur d’être plus visibles du grand public. La mondialisation sera au cœur de la prochaine présidentielle, leur responsabilité est peut-être là aussi. Leurs jambes sont ailleurs, que leur tête reste bien ici et que leur bouche s’ouvre un peu plus ... Par exemple sur France Inter !

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