Vous revenez sur la présentation par Apple, hier soir, de sa première montre dite connectée – l’Apple Watch.

Cette montre, c’est un événement, la dernière fois qu’Apple avait lancé un produit, c’était en 2010, et c’était l’IPad. Elle a toutes sortes d’usages, pour lire ses SMS, recevoir ses appels, écouter de la musique, mesurer son rythme cardiaque, et même dire l’heure - bref être connecté. La question économique qui est posée est celle-ci : nous vivons depuis des années une transformation numérique intense, nos vies ont changé, et pourtant l’Occident connaît une période de croissance faible –au-delà de la crise financière. Smartphones, mails, Google, objets connectés : où passe donc la croissance ? Cette question a l’air idiot, mais elle renvoie à un vieux paradoxe. En 1987, le Prix Nobel d’économie Robert Solow prononce cette phrase devenue célèbre : « on voit des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de la productivité » et de la croissance. Et c’est vrai qu’en apparence, presque trente ans plus tard, on a envie de dire : oui, les technologies de l’information comme on disait autrefois, le numérique comme on dit aujourd’hui, facilitent sacrément notre vie, mais créent-elles des revenus supplémentaires à partager, ou ne font-elles que redistribuer les cartes ? Quand on retire son argent à un DAB au lieu de patienter des heures à un guichet de banque, quand on envoie un mail au lieu d’aller à La Poste, c’est du temps gagné, c’est du confort. C’est de l’intelligence en plus (le savoir partout et tout le temps), ce sont aussi des emplois dans l’informatique au lieu d’emplois de guichets. Mais au total y a-t-il de l’efficacité économique en plus ? Quand on réserve une chambre d’hôtel par Booking.com ou Expedia en court-circuitant les hôteliers traditionnels, où est la vraie création de valeur ?

Et la réponse est ?

Elle n’est pas encore certaine. Parce que la question, au fond du fond, est : cette révolution actuelle est-elle aussi importante que la découverte de l’électricité, de l’eau courante ou de la voiture ? Est-ce une rupture aussi importante ? Mais en fait, la vérité commence à apparaître. C’est une révolution qui a surtout joué jusqu’à maintenant sur la qualité de nos vies, mais pas sur l’économie dans son ensemble. Au début, l’arrivée de l’électricité n’a pas non plus changé grand-chose, il a fallu quarante ans pour que l’effet de souffle change tout. Eh bien, sur le numérique, il y a eu l’ordinateur qui a permis de faciliter le travail individuel. Puis Internet qui a partagé les informations. Et la troisième vague c’est la data, le partage et l’exploitation de toutes les données existantes dans tous les domaines dans le monde entier. Cela commence seulement, les conséquences sont inimaginables. Ce sera comme l’électricité. A côté de cela, la montre connectée, c’est un gadget.

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