Ce matin, vous nous racontez une histoire de dentelle et de justice… Expliquez-vous !

Oui, une histoire ubuesque qui a un lien étroit avec ce dont on parle dans la loi El Khomri. Il s'agit d'une entreprise du Nord de la France, de Calais précisément, qui est une des toutes dernières à fabriquer de la dentelle haut de gamme pour des marques de lingerie comme La Perla et Aubade . Elle s'appelle Desseilles et compte moins de quatre-vingt salariés. Et elle va probablement fermer parce que, en difficulté économique, elle a licencié neuf salariés en 2013, mais que la justice vient, deux ans et demi après, de l'obliger à en réintégrer cinq, au motif qu'elle aurait dû leur proposer des reclassements internes – comme si c'était un grand groupe international.

Avec quelles conséquences ?

Depuis cette décision du tribunal administratif de Lille, quelques salariés réintégrés sont revenus en janvier et il va falloir leur payer les arriérés de salaires de ces dernières années, rembourser l'assurance-chômage et payer les dommages-intérêts devant les prud'hommes. Au total, entre 800 000 et un million d'euros alors que le chiffre d'affaires total de l'entreprise est de sept millions. Bref, elle va couler, la liquidation approche, le tribunal de commerce a juste donné deux semaines de grâce. Un repreneur chinois, s'est proposé, mais pas question pour lui de supporter cette situation. Un rendez-vous avec Chane l est prévu pour bientôt.

Qu'est-ce qui a cloché ?

La justice met très longtemps avant de se prononcer et ses décisions sont imprévisibles. Car les licenciements avaient été acceptés par l'Inspection du Travail, les directions régionales de l'emploi et même les services d'un ministre du Travail, François Rebsamen . Ces derniers jours, la direction de l'entreprise a demandé à la Cour administrative d'appel que la réintégration ne soit pas effective, mais personne ne sait quand la décision sera rendue.

Conclusion ?

Je ne sais pas si les dirigeants ont mal géré, ou gèrent mal Desseilles . Peut-être que oui, peut-être que non. Je ne sais pas si l'activité de dentellerie est viable. Mais qu'on le regrette ou pas, cela ne change rien. Soixante-quatorze salariés vont sans doute perdre leur emploi à cause d'un droit ultra-complexe et protecteur et d'une justice trop lente. Ce genre d'histoire de fous - et tous les chefs d'entreprise en ont à raconter - les dissuadent d'embaucher.

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