L'Edito éco de Dominique Seux du journal "Les Echos". Ce matin, on en sait un peu plus sur une question qui concerne l’économie et qui est aussi très politique : l’attitude des banques vis-à-vis des entreprises. Il y a beaucoup d’interrogations sur la façon dont les banquiers se comportent vis-à-vis des entreprises. Les chambres de commerce, les organisations patronales, les parlementaires qui vont sur les marchés le week-end, tous témoignent du ressentiment qui monte. En temps normal, c’est déjà un refrain, la crise aggrave bien sûr les choses. En sens inverse, les banques assurent qu’elles font leur travail. Hier, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, disait, lui, que les choses s’améliorent. Jusqu’à présent, le problème, c’est qu’il n’y avait pas de données précises. Or, depuis vendredi, nous les avons, c’est une enquête de la Banque de France. Que dit-elle ? Eh bien elle confirme le durcissement des conditions de crédit. 77% des banques reconnaissent qu’elles ont serré la vis au troisième trimestre, le chiffre monte à 82% quand il s’agit des PME. Et cela va continuer, surtout pour les plus grandes entreprises, 69% de banques vont être plus exigeantes d’ici décembre. Les banques prêtent moins d’argent, pour moins longtemps, cela coûte plus cher et elles veulent plus de garanties. Donc, le diagnostic est clair. Alors, les banques sont-elles responsables ET coupables ? Responsables bien sûr, coupables un peu. Mais ça n’est pas si simple. Les banques font figure d’accusées : la crise est partie de chez elles, des risques qu’elles ont pris sur l’immobilier. Tout le monde a aussi en tête les montants faramineux des bonus accordés à certains financiers. En même temps, je crois que le poujadisme anti-banques, en faire des boucs émissaires, est un peu facile. Clairement, les banques veulent reconstituer leurs fonds propres, leur propre situation financière, c’est leur priorité et c’est logique. Elles ne veulent pas non plus soutenir des entreprises qui ne sont pas viables ou qui ne le seront plus parce que, en période de ralentissement, les faillites vont se multiplier. Est-ce qu’elles poussent trop loin ? Il ne faut pas qu’elles soient trop prudentes après ne pas l’avoir été assez. Quand des grandes entreprises, solides, industrielles, voient le guichet se fermer au risque d’aggraver les choses, attention danger. L’enquête de la Banque de France relève aussi que les marges bénéficiaires des banques ont augmenté ces derniers mois sur les prêts. Ça, ça n’est pas logique. L’Etat a-t-il raison de les surveiller de près ? Les Français peuvent attendre des contreparties à l’aide de l’Etat, qui a raison de mettre de la tension. La multiplication des déclarations politiques mettent un peu de pression sur le terrain, dans les directions régionales, les agences. Au fond, la situation actuelle provoque un renversement de la charge de la preuve. C’est aux banques de montrer qu’elles font ce qu’il faut, de bien motiver leurs décisions. Mais il y a une ligne jaune. La pression oui, la police non. Ce n’est pas le métier d’un préfet d’évaluer les risques, il ne faut pas mélanger les genres. Un exemple ? Tout le monde va regarder le volume des crédits accordés mais en fait ce qui compte autant c’est le hors bilan, les lignes de crédit, ce qui correspond aux autorisations de découvert, les garanties etc. Pour aider les entreprises à accéder aux crédits, un poste de médiateur du crédit vient d’être créé. Ce médiateur c'est René Ricol. C’est sans doute la bonne procédure, meilleure que l’intervention directe de l’Etat. Les banques ont une dette envers le contribuable qui les aide, c’est le médiateur qui peut le mieux veiller à ce qu’elles l’honorent.

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