**Les conjonctures allemande et française s’éclaircissent en même temps. C’est encore le moment de parler du couple franco-allemand avant la venue demain à Paris d’Angela Merkel pour le 11 novembre. Effectivement, les deux économies avancent dans la même direction. Ce sont les deux qui, en Europe, repartent le plus tôt après la crise. Qu’a-t-on appris hier ? D’abord que la production industrielle allemande a grimpé de presque 3% en septembre. Ensuite, que la balance commerciale allemande a dégagé un excédent de 10 milliards d’euros ce même mois. Donc, cela va mieux. Pour nous, ici, la Banque de France prévoit une croissance de 0,5% au quatrième trimestre. Du coup, François Fillon a revu la croissance de 2010 à la hausse, entre 1 et 1,5%. Que veut dire tout cela ? Que la reprise est réelle, pas virtuelle. Le premier commentaire est que ces chiffres sont assez différents de ce que l’on voit ailleurs : en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, où c’est plus difficile. Mais cette reprise est-elle solide ? La situation du couple est fragile ! D’abord parce qu’il s’agit de remonter après une forte chute. A cause d’un début d’année terrible, la récession sur l’ensemble de 2009 est la plus forte depuis 1945 : une chute d’activité de 5% en Allemagne, d’un peu plus de 2% en France. Là bas, l’industrie redresse la tête de 3%, mais elle est de 12% en dessous de l’an dernier ! La grande question est de savoir ce qui se passera une fois les mesures de soutien public épuisées. Le risque d’une reprise pschitt n’est pas exclu. Second point, la situation diffère des deux côtés du Rhin. La reprise allemande dépend du redémarrage du commerce international, de la croissance en Asie, où notre voisin vend ses machine- outils. Chez nous, la clé reste la consommation intérieure mais on a besoin aussi que les autres aillent mieux pour aller mieux. La politique économique n’est donc pas la même ? A Paris, on est convaincu qu’Angela Merkel se rapproche de la France en décidant de laisser filer les déficits. Mais à Berlin, la rigueur reprend vite le dessus : il y a dix jours, la chancelière parlait d’une baisse d’impôt de 24 milliards d’euros, hier un plan de 8 milliards a été présenté entre deux cérémonies, pour la suite, on verra… plus tard. Mais le plus intéressant est aussi le croisement des priorités de ce couple. La France a longtemps donné la priorité à des mesures sur le pouvoir d’achat des ménages, par exemple sur l’impôt sur le revenu. Aujourd’hui, elle muscle les entreprises, avec la taxe professionnelle. En Allemagne, depuis dix ans, les salariés sont au régime sec pour renforcer la compétitivité des entreprises. Mais cette fois, dans les 8 milliards, il y a une hausse des allocations familiales et – tenez-vous bien – une baisse de la TVA dans la restauration ! C’est de la concertation ou du hasard ?Ce n’est pas concerté. Le problème du couple franco-allemand, justement, c’est que derrière les sourires, il n’y pas grand chose de neuf en matière économique. Airbus est une superbe histoire, mais lancée en 1970 ! Les Airbus de demain, on ne les voit pas trop ! Et depuis, il y a eu des ruptures, par exemple sur le nucléaire. Et pourtant, s’ils cherchent un sujet concret pour avancer, Paris et Berlin en ont un tout trouvé : le niveau de l’euro, qui est passé hier au dessus des un dollar 50. Qu’ils convainquent ensemble les Européens d’en parler ! La France et l’Allemagne ont une fenêtre pour redevenir les deux locomotives de l’Europe, qu’elles en profitent ensemble pour la faire avancer.**

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