Les vingt chefs d’Etat des puissances économiques du G20 se retrouvent demain à Séoul. Sérieusement, peut-on en attendre quelque chose ?

Il y a un gros doute ! Le risque de déception existe, au-delà bien sûr des communiqués officiels qui sont forcément écrits dans une sorte de langue de bois peu compréhensible pour le commun des mortels et millimétrée. Un échec serait ennuyeux parce que cette instance, le G20, a le grand mérite d’exister. Le problème est qu’il y a déjà eu quatre sommets de ce type, que les deux premiers, à Washington fin 2008 et à Londres début 2009, ont apporté de vraies avancées, mais que les deux suivants ont déçu, à Pittsburgh en septembre 2009 et à Toronto en juin 2010. Entre les deux périodes, le monde s’est éloigné du bord du gouffre et que, contrairement à l’adage, la peur avait été bonne conseillère juste après la faillite de Lehman Brothers. La coopération l’avait emporté. Depuis, l’économie va un peu mieux et l’individualisme a ressurgi à vitesse grand V. Voilà le moment dans lequel s’inscrit Séoul.

Concrètement, quel est cette fois le sujet de discorde ?

Ce ne sont plus la relance ou la rigueur, les bonus des banquiers ou les paradis fiscaux. Ce sont les déséquilibres des échanges (commerciaux) et des changes (des monnaies) qui sont, on le sait, un des problèmes majeurs de l’économie mondiale. Et l’allumette qui a enflammé les esprits, c’est la décision de la Réserve fédérale américaine d’injecter pour 600 milliards de dollars de liquidités dans l’économie. Cette décision soutenue par Barack Obama a déclenché un tir de barrage parce qu’elle fait tourner la planche à billets et conduit à déprécier le dollar. La Chine, l’Afrique du Sud, la Russie, le Brésil, l’Allemagne : c’est le tollé presque général. Tous, ils disent à l’Amérique : "Vous ne pouvez plus agir tout seul comme ça". Bien sûr, il y a une part d’hypocrisie de la part de la Chine, dont la monnaie est encore plus sous-évaluée. Mais ce concert de critiques envers les Etats-Unis est une première.

Il n’y aura donc pas d’accord sur ces points ?

Une réforme du système monétaire international est exclue demain ! Le G20 se contentera donc d’essayer de faire en sorte que les Etats-Unis inondent moins la planète de leurs dollars. Barack Obama, lui, veut pousser, mais sans objectif chiffré, les pays qui ont de gros excédents commerciaux (comme la Chine et l’Allemagne) à être un peu moins présents dans les magasins américains. Chacun s’engagera à ne pas faire de dévaluation sauvage. Et chacun soulignera –ce qui n’est pas faux– que beaucoup de choses ont avancé dans d’autres domaines, sur les réglementations, les surveillances etc. C’est tout. Donc, un G20 à écrire G V-A-I-N ? J’espère vraiment être démenti ! En attendant, on peut retenir quatre choses.

1 - Tous ces débats qui il y a cinq ans concernaient seulement l’Europe et l’Amérique, intéressent désormais le monde entier.

2 - Les Etats-Unis et la Chine sont les moins coopératifs.

3 – La gouvernance mondiale est toujours en retard sur la mondialisation.

4 - Nicolas Sarkozy, qui prendra vendredi la présidence du G20, considère qu’il y a là une occasion en or d’agir. A un poste qui nécessite de l’énergie mais aussi être un homme de consensus.

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