La crise de l’euro est repartie hier, avec des taux d’intérêt italiens qui ont battu des records et Wall Street qui a perdu plus de 3%. Oui, la situation s’est à nouveau dégradée, l’Europe n’étant pas loin de la sortie de route. La contagion est une réalité, qui exige d’oublier les rustines pour aller vers des vrais changements, sinon l’euro, ce coup-ci, est menacé. Les faits, d’abord. L’annonce du départ de Berlusconi n’a pas rassuré longtemps les créanciers et les spéculateurs qui fuient la péninsule, déprimés par le jeu politique. Toutes les banques se délestent des titres italiens, c’est un concours de vitesse. Du coup, les taux d’intérêt sont montés à 7,4% - contre moins de 2% pour l’Allemagne. Si cela durait, la charge de la dette deviendrait insupportable, alors que l’Italie doit emprunter 400 milliards d’euros en 2012. Or on ne parle plus de l’Irlande ou de la Grèce, mais de la 8ème économie mondiale. Faute de solution, attention au fossé. Et attention, les taux français sont montés aussi.Voilà ce qui se passe. Avec quelles causes profondes ? Flottement et impéritie. Flottement des responsables politiques, on l’a vu en Grèce, on le voit en Italie. Ce n’est pas le temps démocratique qui est en cause - il faut du temps pour former un gouvernement, c’est normal. Ce n’est pas l’état de l’économie réelle – rien ne justifie d’effacer les dettes comme pour la Grèce. Mais le flottement politique inquiète les créanciers et attire les spéculateurs. Impéritie, ensuite, des Européens incapables de trouver la bonne route pour s’en sortir. Après l’Irlande, le Portugal, la Grèce, les ceintures de sécurité ne sont toujours pas en place, le pare-feu pas installé. L’Europe ne se met pas d’accord sur les modalités du FESF, qui va peut-être devoir aider l’Italie, mais avec quel argent ? Les marchés ont si peu confiance dans ce Fonds qu’il a eu, lundi, du mal à lever 3 milliards d’euros à un taux raisonnable. Bref, mais l’Europe n’y arrive pas. Y a-t-il des solutions pour sortir – par le haut ? Il y a l’espoir que çà se calme avec une nouvelle équipe à Rome. Mais pour combien de jours ? On voit que les titres des Etats, partout, font peur. C’est pourquoi une autre idée émerge : que la Banque centrale européenne n’achète plus des titres au compte-goutte, mais s’engage sans limite. La spéculation s’arrêterait net. Les banques centrales américaine, britannique, elles, sont prêteurs en dernier ressort. Paris en rêve. Problème : la BCE dit non, parce que Berlin - la Bundesbank - dit nein. Car cela revient à créer de la monnaie et donc de l’inflation - hantise de l’Allemagne depuis les années 30, même si ce risque est faible. Deux Allemands, furieux, ont déjà démissionné de la BCE ces derniers mois. L’autre risque, réel lui, est que les Etats, ainsi protégés, se laissent aller. Au total, que va-t-il se passer ? Une chose simple : si la contagion gagne, Berlin aura peut-être à choisir entre se renier et délier l’euro.

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