L’OCDE a publié hier des prévisionsplutôt médiocres pour l’économie mondiale. Vous êtes en Allemagne,

dont les perspectives ont été revues en baisse, mais cela netraumatise pas le pays, qui reste totalement concentré sur la crisedes réfugiés.

Oui, c’est frappant, la question des réfugiés occupe ici, à Berlin, une très très grande partie de l’espace médiatique, politique et économique. Je ne dirai pas que l’affaire Volkswagen ou le scandale autour du football passent inaperçus (ce serait exagéré) mais c’est un cran en dessous. Il faut dire que près de 800.000 personnes sont arrivées depuis le 1er janvier et que chaque ville ou presque est concernée. Quand on discute avec des Allemands, deux choses frappent – et même trois. La première est qu’il est vraiment erroné de croire que l'accueil décidé par tout un pays (avec certes des tensions y compris au sein de la coalition gouvernementale), que cet accueil s’explique par la crise démographique que connaît l’Allemagne. Elle manque de bras, voilà pourquoi elle est si généreuse, entend---on en France, avec cette schadenfreude, cette joie maligne, que nous saisit quand nos puissants voisins ont des problèmes. Franchement non. Oui, il y a un déficit de main d’œuvre et de sang neuf, mais la réaction a d’abord été morale. Il est intéressant de noter que les dirigeants allemands prennent garde à

ce que ne se déclenche pas une opposition entre les élites, ouvertes à l’accueil, et les milieux populaires, plus inquiets. Le risque existe… Le souvenir du référendum sur l’Europe de 2005 en France n’est pas si loin....Quant aux syndicats, ils se méfient des conséquences sociales de cet afflux si cela tirait le modèle social vers le bas. La seconde chose qui frappe, c’est que la situation économique de l’Allemagne lui donne une assurance (dans les deux sens du mot) que l’absorption (si le flux ralentit) est possible. Un quasi plein emploi, une croissance qui reste solide, un excédent commercial fou et des comptes publics en excédent : une économie en ordre permet d’affronter les crises.

Et la troisième chose entendue ?

Cela commence à s’écrire dans les médias, les politiques le susurrent à peine, l’Allemand de la rue vous le glisse : où est la France ? Un pays grand et puissant comme la France, 65 millions d’habitants, ne peut---il pas accueillir plus de 30.000 personnes qui fuient la guerre ? Berlin espère que Paris sera plus libre après les régionales. En paraphrasant une formule célèbre Mitterrand il y a plus de trente ans, on a envie de dire que les peurs sont à l’ouest, mais que les réfugiés sont à l’Est.

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