Si les vertus du vaccin de Pfizer sont confirmées, l'enjeu sera de le fabriquer et de le distribuer. Mais il y aura encore de la place pour les autres laboratoires pharmaceutiques.

L’industriel américain Pfizer et l’Allemand BioNTech ont donc indiqué que leur vaccin est efficace à 90% et ils demanderont son homologation aux autorités américaines à la fin du mois. 

Disons-le d'abord : la date de l’annonce, une semaine après l’élection présidentielle, n’a pas pu être choisie au hasard. Clairement, Pfizer n’a pas voulu être instrumentalisé pendant le scrutin – on se souvient que Donald Trump avait promis qu’un vaccin serait disponible (pas découvert, disponible) avant le 3 novembre. Pari perdu. 

Sans en avoir la preuve, on peut prendre le pari que les grands laboratoires s'étaient mis d'accord pour ne pas publier de résultats juste avant l'élection ...

Concrètement, les Etats-Unis ont commandé à Pfizer des doses (il y a une double injection) pour 300 millions de personnes, et l’Europe pour 150 millions. 

Alors, ce vaccin marchera-t-il ? 

Il faut attendre la fin des essais, mais la publication d’hier a été supervisée par un comité indépendant et le 4ème laboratoire mondial ne peut se permettre un simple coup de com : le monde entier en a entendu parler. En réalité, il y a, je crois, trois éléments à souligner : 

  • Un : si ce vaccin est le bon, tout sera affaire ensuite de fabrication et de logistique. Ce que l’on dit peu est que ce vaccin doit être conservé à -70° / -80°et il y a peu de frigos professionnels disponibles. Pfizer estime qu’à -20° cela marche encore, mais la durée de vie du vaccin est alors très courte : 15 jours. "Le vaccin peut également être conservé dans un réfrigérateur ordinaire de 2 à 8 degrés pendant cinq jours, sur la base de nouvelles données de stabilité", indique l'entreprise (ce mardi après-midi, NDLR). 
  • Deuxième point : il y aura de la place pour tous les labos pharmaceutiques. Moderna, AstraZeneca, Johnson and Johnson, Sanofi et d’autres sont sur les rangs. Pour vacciner la moitié de la population mondiale, huit milliards de doses par an seront nécessaires, alors que la capacité mondiale de production tous vaccins confondus est aujourd’hui de 5 milliards de doses. Le premier arrivé ne rafle pas tout. La Chine, elle, est prête à vacciner les pays émergents.
  • Et le troisième point ? Redisons-le : il faut être prudent sur ces premiers résultats, mais bravo super-bravo à la Science si elle développe un vaccin en huit mois. C’est la bonne nouvelle dont tout le monde a besoin dans cet automne glauque à tous points de vue. Les Bourses frétillent d’aise ( 7,5% à Paris hier), ce n’est pas le plus important ; le plus important est qu’il y un espoir que ce cauchemar ne dure plus très longtemps – et puisque c’est un édito économique, la vie économique et sociale -et la vie tout court- pourraient repartir de l’avant avant l’été prochain. D’ici là, restons sages.
L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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