Nicolas Sarkozy s’est rendu une nouvelle fois hier à Berlin pour évoquer avec Angela Merkel la crise de la zone euro.

Oui, et deux idées fortes sont sorties de cette visite express : les banques européennes seront recapitalisées, et les Traités seront modifiés pour muscler l’intégration européenne, les deux devant être mis en œuvre avant la fin du mois. Ce qui était fascinant, hier vers 18 heures, était de voir qu’aucune télévision – sauf France 24 – n’a retransmis la conférence de presse Sarkozy-Merkel, préférant montrer pour la centième fois Manuel Valls ou Ségolène Royal voter. Et en même temps défilaient en bas des écrans des « alertes » : recapitalisation des banques ; refonte des traités européens, ce qui, disons-le, n’est pas rien. Ainsi vont la hiérarchie de l’information et un feuilleton si interminable qu’il n’intéresse plus personne. A la décharge de nos confrères, il faut dire que la primaire est un succès et que le couple vedette de l’Europe n’a pas donné de détails, au-delà de déclarations de principe.

Alors, quel but avait ce déplacement express ?

Une manœuvre presque désespérée pour calmer les marchés ! Depuis un mois, la stratégie franco-allemande était la suivante. On règle le problème grec, la clé de tout, et on espère apaiser les inquiétudes sur les banques. Le problème est que le problème grec n’a pas été réglé et le plan B est donc déclenché, avec inversion des priorités : d’abord un signal sur les banques. Cela veut dire que Paris s’est rendu à l’évidence que les marchés ne lâcheraient pas le morceau ou plutôt leur conviction qu’avec une croissance molle, la Grèce ne paiera pas toutes ses dettes, que d’autres pays auront du mal aussi et que cela met les banques en difficulté. On verra sur les marchés aujourd’hui si la manœuvre marche.

Il y a encore beaucoup de détails à régler ?

On évoque une recapitalisation de peut-être 200 milliards d’euros sur l’ensemble de l’Europe. Dans la technique, les Allemands veulent que les banques aillent chercher des fonds propres sur les marchés privés ou auprès des contribuables nationaux. Paris militerait pour que le Fonds monétaire européen, le FESF, intervienne aussi ou en priorité, pour ne pas mettre en danger le triple A français. Donc, il y a du pain sur la planche. Mais l’élément clé et nouveau, c’est que la recapitalisation est en marche et qu’un calendrier est fixé.

Beaucoup de monde pensera qu’une fois de plus les Etats cèdent aux marchés ?

On peut se dire aussi que les marchés ouvrent les yeux sur la contradiction européenne – faible croissance et dette élevée – et sur le fait que l’Europe tourne de travers dans son fonctionnement. Si cette épreuve avait la vertu de la pousser à avancer et pas seulement le dos au mur, ce serait bien. Car c’est la première fois depuis 50 ans qu’elle est sans projet à dix ans, à l’instar de ce qu’ont été les élargissements, le marché unique puis l’euro. Cela sera bien, si la rencontre d’hier n’accouche pas, une fois de plus, d’une souris.

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