Ce matin, la visite-éclair et très encadrée d’Angela Merkel à Athènes.

Oui, la chancelière est restée un peu plus de cinq heures en Grèce pour sa première visite depuis cinq ans – visite au cours de laquelle elle a gardé un large sourire en dépit de dizaines de milliers de manifestants hostiles. Ce déplacement avait été décidé en réponse à une interview poignante vendredi du premier ministre grec dans la presse allemande. Antonis Samaras y faisait un parallèle entre la situation grecque et celle de la fin de la République de Weimar, dont la faillite avait porté Hitler au pouvoir. Ce déplacement était triplement risqué, important et finalement courageux.

La première raison, c’est l’Histoire ?

Exactement. La Grèce a gardé en mémoire le souvenir de l’occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale. Nazi, là-bas, ce n’est pas de la langue morte, on le lit dans la rue - ce qui est une insulte inadmissible mais qui existe. Et cela concerne tous les niveaux de l’opinion. Une anecdote stupéfiante m’a été rapportée par l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires européennes Pierre Lellouche. Le président de l’Assemblée nationale grecque, qui le recevait à l’été 2010 en même temps que son homologue allemand, avait accueilli ce dernier par un : « ach, voilà la Kommandantur qui vient contrôler ». Avec l’accent.

Deuxième raison pour laquelle cette visite était courageuse… ?

c’est simple : l’Allemagne ouvre le plus son portefeuille pour aider la Grèce, mais elle est surtout la plus exigeante sur l’austérité en contrepartie. Le discours, c’est : pas de solidarité si vous ne mettez pas en ordre votre maison ; vous avez triché, le redressement ne se fera pas sans souffrir, votre niveau de vie devra s’aligner sur l’état réel de votre compétitivité. Bref, en langage religieux, c’est le cilice avant le calice !

Mais troisième élément : cela ne marche pas vraiment…

Voilà. Il y a du courage pour Merkel à aller sur place parce que, cette thérapie ne soigne pas - pour l’instant. Fin 2013, on en sera à la sixième année de récession et le chômage est très élevé. Le problème est que l’économie grecque n’a pas de moteur maintenant que la bulle immobilière et l’endettement lui sont interdits. L’Eglise ne coopère pas et la classe dirigeante riche encore moins. En clair, les Grecs ne sont pas des Allemands et on ne voit pas, hélas, comment les Européens, s’ils veulent garder Athènes dans l’euro, ne passeront pas à la caisse – si vous excusez cette trivialité.

Au-delà de tout cela, la visite de la chancelière a-t-elle une portée politique en Europe ?

Angela Merkel affirme le leadership de Berlin. J’ai demandé à l’ambassade de Grèce à Paris un relevé des visites des hauts dirigeants étrangers à Athènes – pays dont on parle quand même 24/24 heures. Depuis début 2010, Berlin a envoyé son ministre des affaires étrangères, son vice-chancelier et (donc) sa chancelière ; les Chinois, leur premier ministre et leur vice- président. Côté français - second payeur -, jusqu’à la visite bienvenue, il y a un mois, de Pierre Moscovici : personne. Sans commentaires. Sauf un : il n’y a pas de puissance, il n’y a que des preuves de puissance.

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