Ce matin : l’Europe montre les dents contre l’acier chinois...

Oui et cela témoigne du changement de ton des Européens sur les règles du commerce international, avec la volonté de ne plus être le (je cite) naïf du village global. La Commission de Bruxelles a annoncé ce week-end l’entrée en vigueur de taxes anti-dumping sur l’acier chinois importé à bas coûts. Concrètement, jusqu’à 23 % de taxes s’appliqueront à l’acier et au fer laminés à chaud ; pour les tôles fortes, ce sera jusqu’à 74 %. Pourquoi ? Eh bien parce qu’en trois ans, en raison de la concurrence chinoise, le prix des tôles fortes utilisées dans le bâtiment, la construction navale, a chuté de presque un tiers - mettant en difficulté des groupes qui ont beaucoup d’usines et d’emplois en Europe comme ArcelorMittal et TataSteel. Le dumping consiste, on le rappelle, à vendre sous les coûts de production.

Voilà pour les faits. Est-ce nouveau comme attitude ?

Oui. Le raidissement européen a commencé au printemps, cela a d’ailleurs été le dernier combat d’Emmanuel Macron à Bercy. Aux yeux de beaucoup de Français, l’idée d’ériger des barrières pour protéger nos emplois semble évidente. Mais beaucoup d’autres pays raisonnent autrement. Pour eux, des prix de l’acier plus bas, ce sont des voitures moins chères (une voiture est composée à 57 % d’acier), des maisons moins chères etc. Si des emplois sont perdus dans la sidérurgie, il y aura d’autres ailleurs à la fin parce que plus de voitures et de maisons seront construites et vendues. C’est ce raisonnement libre-échangiste qui est battu en brèche parce que le rapport de forces est déséquilibré entre Pékin (qui produit deux fois plus d’acier que nous) et l’Europe. Berlin et Rome ont rejoint Paris pour mener la vie dure à Pékin ; reste à voir si Londres suivra. Londres déteste normalement les barrières au commerce mais il y a un nouveau discours depuis le Brexit.

Ce n’est pas le seul changement de pied européen.

Il y a peu, Angela Merkel s’exprimait à huis-clos devant une cinquantaine de grands patrons allemands et français à Evian. Elle a lancé une charge paraît-il stupéfiante contre la politique de concurrence menée par Bruxelles, qui a interdit depuis 20 ans de constituer des géants européens par exemple dans les télécoms. Les esprits évoluent, tant mieux. Mais attention : préserver des emplois veut dire accepter des prix plus élevés pour tous les consommateurs. C’est un autre arbitrage intellectuel et social qui est sur la table.

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