« L'édito éco » de Dominique Seux, du journal « Les Echos. » Le gouvernement présentera dans deux semaines environ son projet de budget pour 2009. Plus les jours passent, plus l'exercice paraît compliqué. Le projet de loi de finances pour 2009 sera présenté officiellement le vendredi 26 septembre. C'est évidemment un rendez-vous essentiel parce que c'est un instrument de politique économique, avec la politique fiscale, et puis c'est tout bonnement ce qui donne des moyens à l'ensemble des administrations. Au total, pour fixer les choses, il y a environ 330 milliards d'euros de dépenses, et un peu moins de recettes. La différence, 40 milliards l'an dernier, constituant le déficit budgétaire. Ça, c'est le cadrage général et habituel. La particularité de la copie qui est en train de se préparer pour 2009 est que trois éléments, la panne de croissance, l'inflation et la crise financière changent la donne. Et du coup, tous les plans sur la comète élaborés il y a encore quelques mois tombent à l'eau, comme la diminution pas à pas des déficits publics. Concrètement, qu'est-ce qui devient plus difficile ? C'est évident du côté des recettes. Avec une croissance qui tournera autour de 1% cette année, les impôts, comme la TVA ou l'impôt sur les sociétés, rentrent moins bien que ce qui était prévu. Les estimations vont de 5 à 7 milliards d'euros qui ont fait pschitt ! Cela veut dire que ces recettes seront aussi moins élevées en 2009. Du côté des dépenses, on commence aussi à en savoir un peu plus. Dans « Les Echos » de ce matin, le député Gilles Carrez, le rapporteur général du budget à l'assemblée nationale, un UMP - il n'est pas suspect de noircir la situation pour le plaisir - donne un chiffre qui fait frémir. Le coût de la dette publique, en clair, la charge des intérêts de cette dette, sera cette année supérieure de 3 à 4 milliards d'euros aux prévisions. Techniquement, c'est la hausse des prix qui est en cause, les obligations du Trésor sont indexées sur le prix. Mais ce dérapage équivaut à plus de deux fois le coût du RSA, RSA dont le financement provoque depuis des semaines un débat national. Conclusion. Bercy va avoir du mal à boucler son budget. Mais surtout, nous sommes collectivement aveugles et inconséquents. Les responsables politiques, le patronat, les syndicats, s'écharpent pour financer les réformes, les économistes débattent savamment pour savoir s'il convient de relancer ou non l'économie, et pendant ce temps, l'argent file pour payer la dette publique. Chaque année, plus de 40 milliards d'euros, les deux tiers de l'impôt sur le revenu. Si l'Etat n'était pas en déficit continu depuis plus de trente ans, nous n'en serions pas là. Honnêtement, on a envie de partager le coup de gueule de Gilles Carrez. La majorité actuelle n'y est pas pour rien. A la fin du premier trimestre 2008, la dette de Etat, de la sécurité sociale, des collectivités locales s'élevait à 1.250 milliards, 70 milliards de plus qu'un an plus tôt. Une dette dont plus personne ne parle aujourd'hui. Les déficits n'ont pas baissé suffisamment quand la croissance était là. Dans le fameux paquet fiscal d'il y a un an, il y avait des bonnes mesures, mais il était globalement au-dessus de nos moyens. En tous cas, la conséquence de la situation aujourd'hui, c'est que le gouvernement aurait tort de prévoir des baisses d'impôt dans le budget 2009, par exemple des bonus-malus sur les réfrigérateurs ou les ampoules électriques si cela coûte de l'argent au Budget. Franchement, ce ne serait pas sérieux.

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