**Barack Obama a donc prononcé son grand discours sur la santé cette nuit… Pourquoi a-t-il tant de difficultés sur ce sujet, Dominique ?C’est la principale question que l’on se pose d’ici : cela nous semble incroyable. Avec nos yeux d’Européens, il n’y a pas photo, les Américains devraient applaudir toute réforme qui améliorerait leur système de santé. Car celui-ci est onéreux, peu performant et inégalitaire. Les dépenses de santé coûtent chaque année plus cher, plus de 16% du PIB, de la production nationale, contre 11% en France, c’est un record. L’espérance de vie est moyenne. Et le système est inégalitaire : la majorité des Américains sont couverts par une assurance privée d’entreprise, une partie par les programmes publics, mais 15% n’ont aucune couverture. Ce sont les fameux 46 millions dont on parle toujours. Pour donner un peu le climat général, selon l’OCDE, qui n’est pas précisément une organisation gauchiste et anti-américaine, les Etats-Unis sont le dernier pays parmi les plus développés, avec la Turquie et le Mexique, à ne pas avoir de couverture de santé minimum universelle. Tout le monde aurait intérêt à la réforme…Sur le papier, oui. Les Américains qui ne sont pas toujours bien soignés et trouvent aberrant que le prix d’une coloscopie puisse varier de 700 à 7.000 dollars selon les médecins auxquels on s’adresse. Les ménages qui ne sont pas couverts, bien sûr, souvent des personnes sans emploi. Et même les entreprises qui ont supporté une hausse des primes d’assurance santé pour leurs salariés de 120% en dix ans, parce qu’il n’y a ni vraie concurrence entre les opérateurs ni surveillance par une autorité de contrôle. Avec tout ça, la réforme aurait dû être facile, surtout qu’elle est assez modeste et vise simplement une baisse des coûts et une couverture universelle publique. Or, justement, elle n’est pas facile…Et il faut bien reconnaître que les explications habituelles ne suffisent pas à expliquer pourquoi tous les présidents de Roosevelt à Clinton ont échoué. Curieusement, cela fait rire, Georges Bush est le seul qui a réussi en améliorant la couverture des retraités ! Et même Bush a été accusé d’être un « socialiste ». L’explication classique invoque le poids des lobbies pharmaceutiques, cette industrie est l’une des plus rentables du monde. Mais Barack Obama se heurte aussi au refus de l’universalisme, chez les Américains les valeurs individuelles l’emportent encore, chacun gère son corps. En Europe, l’Etat protège, aux Etats-Unis, l’Etat agresse. Avec le rôle de pompier que cet Etat joue depuis la crise, on pensait que cela ne jouerait plus. Eh bien si. Enfin, il y a le coût de la réforme, c’est ce qui joue le plus sur les classes moyennes. 1.000 milliards de dollars, disait Obama. Dans un pays qui a un déficit public de 12%, chacun craint des hausses d’impôt et des économies sur les aides actuelles à la santé. Y a-t-il une leçon à tirer pour nous ?Le modèle américain est très différent du nôtre mais il semble clair qu’aux Etats-Unis comme en France, les réformes à l’œuvre ne répondent pas à la grande question de l’évolution et du financement des dépenses de santé dans les 15 ans qui viennent, avec le vieillissement de la population.**

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