Vous avez vous aussi regardé l'intervention sur TF1 de François Hollande. Qu'en avez-vous retenu ?

Chacun connaît le slogan de sa campagne : « le changement, c'est maintenant ». Eh bien oui, le changement, c'est maintenant - ou plutôt c'était hier soir. Sur la forme, on a eu un président la mine grave, plus du tout soucieux de normalité. Mais c'est sur le fond que le changement a été le plus net. Un changement de pied. Dans les mots, l'ennemi n'est plus la finance, mais la dégradation de la compétitivité des entreprises ; le mot flexi-sécurité n'a pas été prononcé, mais c'était tout comme. Quel virage ! Redressement, cela veut dire aussi corrections. Pour le reste, l'urgence, c'est la baisse du déficit public, avec un tour de vis fiscal sans précédent. Une partie des Français avaient cru élire un Roosevelt, qui soutiendrait l'économie par une grande relance européenne ; ce sera Mauroy 1983 ou Juppé version 1995 pour les impôts, et peut-être Schroeder, l'ex chancelier allemand, pour la réforme du marché du travail si elle a lieu.

Sur les impôts, le chef de l'Etat n'a pris personne par surprise ; il en avait parlé dans sa campagne.

Oui et non. Oui, un effort avait été prévu et chiffré. Mais, non, l'ampleur de cet effort n'avait pas été annoncée. Entre ce qui a été voté en juillet et l'enveloppe citée hier soir, pour 2013, cela fait 27 à 30 milliards d'euros. En face, les quelques 12 milliards d'économies dans les dépenses citées ne font pas le poids ; surtout qu'aucune mesure concrète n'est connue pour l'instant, contrairement aux impôts. En ce qui concerne les seuls ménages, par ailleurs, la principale « douloureuse » - comme on dit - sera connue plus tard, avec une hausse de la CSG qui pèsera sur tous les salaires et les revenus.

Les principales mesures fiscales concerneront les plus aisés et les grandes entreprises.

On verra dans le détail. Nous avons eu deux précisions hier soir. La taxation à 75% des revenus au-delà du million d'euros sera plus dure que cela n'avait été envisagé ces derniers jours. A priori, les sportifs et les artistes seront concernés. En revanche, il y a un renoncement qui concerne la quasi-totalité de ceux qui paient l'impôt sur le revenu. François Hollande a confirmé le maintien du gel des tranches du barème. Dans une interview à L'Express en avril, il avait assuré que c'était la mesure la plus injuste, sur laquelle il reviendrait. Cela représente presque 2 milliards d'euros. Expliquer que cela ne concernera pas les classes moyennes parce que le bas du barème sera épargné est une plaisanterie : cela touchera tous ceux qui ont un revenu fiscal supérieur à 12.000 euros par an.

Un mot pour finir sur les relations entre l'Elysée et les grands patrons, avec le cas de Bernard Arnault.

Question difficile puisqu'il est propriétaire des Echos ! Le 14 juillet, le chef de l'Etat avait déjà qualifié la famille Peugeot de « menteuse » ; disons qu’aujourd’hui, l’émoi que suscite la demande de nationalité belge par le fondateur du premier groupe de luxe mondial ne témoigne pas d’un climat de confiance excessif entre le pouvoir et les milieux économiques.

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