Sur le budget 2015, Paris est surveillé de près par l’Europe.

Je vais raconter un épisode qui va avoir lieu aujourd’hui et qui montre combien les pays européens se regardent attentivement – ce qui est bien – mais aussi combien la France suscite la méfiance – ce qui est moins bien. Il s’agit des fameux 50 milliards d’économies dans les dépenses publiques sur trois ans. François Hollande en a annoncé le principe en janvier. Au printemps, la précision arrive : l’effort sera de 21 milliards l’an prochain. Et la semaine dernière, Michel Sapin, chargé du Budget, fait une annonce alambiquée dont il ressort que en raison de la faiblesse de l’inflation, ces 21 seront finalement 19. Eh bien, aujourd’hui, le gouvernement nous dira : non finalement, ce sera bien 21. Oublions les chiffres, que s’est-il passé ? Nos partenaires européens, notamment Berlin, ont été furieux. Ils se sont dits : non seulement la France veut des délais pour réduire ses déficits ; mais en plus elle prend la tangente sur les économies. Pierre Moscovici, qui va être nommé aujourd’hui commissaire européen, a transmis le message à François Hollande le week-end dernier : cela ne passe pas. Si Paris veut de l’indulgence pour son déficit XXL, il ne faut pas se moquer du monde sur les économies. Manuel Valls va donc, aujourd’hui, désavouer publiquement Michel Sapin. Voilà l’histoire, vaguement humiliante.

Cet épisode en dit long aussi sur des économies un peu en «peau de lapin» !

Attention : il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas d’économies. Quand on gèle les augmentations générales des fonctionnaires, c’est du concret. Quand on durcit les conditions du congé parental, c’est du concret. Mais cet épisode révèle le dessous des cartes. Pour l’Etat, les économies sont un concept qui n’est pas celui du simple bon sens : je dépense moins. Quand l’Etat, lui, économise, il dépense moins que ce qu’il aurait dû dépenser s’il n’avait rien fait ! Illustration. Patrick, vous allez au restaurant et vous dépensez soixante euros pour deux. Votre budget devient tendu et vous voulez économiser dix euros. Votre prochain restaurant, ce sera donc cinquante euros. On est d’accord ? Pour l’Etat, rien à voir. Il dépense soixante euros puis vous assure que le prix du restaurant, qui a du succès, va passer à soixante-dix euros. Il continue de faire un chèque de soixante euros, et proclame partout avoir réalisé une économie de dix euros. Magique ! Son truc (oublions le restaurant) : c’est lui qui calcule ce que les salaires des fonctionnaires, les aides sociales, les dépenses de santé auraient dû coûter à l’avenir, en s’appuyant sur l’inflation et le passé. Oui, mais là, sans inflation, le truc se voit comme les yeux au milieu de la figure. Le piège est refermé. Conclusion : ne croyez pas les chiffres, c’est aussi de la com’.

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