Une grosse enquête va à rebours des idées reçues : les agriculteurs sont de moins en moins exposés aux produits chimiques, et donc aux pesticides.

Épandage de pesticides près d'une habitation, près deTrébons sur la Grasse dans le Sud de la France
Épandage de pesticides près d'une habitation, près deTrébons sur la Grasse dans le Sud de la France © AFP / Remy Gabalda

C’est une information intéressante dans le débat actuel sur l’interdiction d’épandage à une certaine distance des habitations. Elle est nichée dans une étude publiée hier soir (c’est un hasard) par le ministère du Travail sur l’exposition des salariés aux risques professionnels, réalisée par 1200 médecins du travail auprès de 26 000 personnes. 

On y lit que 34% des salariés de l’agriculture sont exposés à au moins un produit chimique, 34%, un sur trois, mais c'était 49% en 1994, un sur deux. 

La baisse est spectaculaire, comme elle l’est pour l’exposition à au moins trois produits chimiques ou à des produits cancérogènes. 

Au total, l’exposition dans l’agriculture est très inférieure à celle des salariés de l’industrie et du bâtiment ! 

Qu’en conclure ? 

Qu’en 15 ans, le discours sur les risques a porté et produit des effets, la protection s'améliore – avec le bémol bien sûr que c’est un raccourci de mettre tous les produits chimiques dans le même sac et la même dangerosité. Dans le cas de l'agriculture, les insecticides, les herbicides, les fongicides etc n'ont pas tous les mêmes propriétés. 

Mais on voit qu’il peut y avoir un écart entre le sentiment que l’on a des choses et la réalité. 

Au-delà, se prononcer sur les interdictions d’épandage des produits phytosanitaires, à 3, 5, 10 ou 150 mètres des lieux de vie (le risque passif) appartient aux autorités scientifiques, dont les conclusions sont apparemment controversées, et qui devraient donc en bonne logique accélérer leurs travaux prévus en 2021. 

Disons juste qu’il paraît curieux d’appliquer les mêmes règles à toutes les cultures traditionnelles : les champs de pommes de terre reçoivent (et de loin) le plus de pesticides, plus que le blé et bien plus que le maïs. Les vignes peut être plus encore. 

Il ne faut pas négliger la dimension politique du débat

Question : le gouvernement a-t-il espéré avoir, avec les limites de l’épandage, la mesure phare et facile à retenir qu’il cherche depuis quatre mois ? Possible. Il a choisi ses marqueurs dans tous les domaines : 

  • sur l’éducation, avec le dédoublement de classes ; 
  • sur la fiscalité, avec la suppression de la taxe d’habitation ; 
  • sur le travail, avec le plafonnement des indemnités prud’hommales pour les petits patrons ; 
  • sur l’immigration demain avec la réforme de l’Aide médicale d’Etat pour les étrangers irréguliers semble-t-il.
  • …Mais sur l’écologie, c’est compliqué parce que les écologistes jugeront toujours que cela ne va pas assez loin et les agriculteurs qui'l va trop loin

Bref, pour l’instant, Emmanuel Macron patine.

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