Aujourd’hui, vous nous emmenez en mer, où les armateurs ont bien du mal à ne pas couler. Eh oui! La tempête économique et financière ne souffle pas seulement sur les banques et les constructeurs automobiles, mais aussi sur les océans. Les grandes compagnies maritimes ont bien du mal à trouver des clients pour leurs porte-conteneurs, leurs tankers ou leurs vraquiers qui transportent des matières premières comme le blé ou le fer. Et leurs prix font des montagnes russes vertigineuses. Ces dix derniers jours, l’un des indices de référence du secteur, le Baltic Dry Index, a perdu plus de 20%. Mais il avait doublé en avril-mai après avoir perdu 94% - oui, 94 %de juin à novembre 2008. S’il est difficile de piloter un navire dans un ouragan, il est encore plus difficile de diriger une entreprise quand il y a de telles variations de prix. Les armateurs asiatiques, qui ont publié leurs résultats ces dernières semaines font de lourdes pertes. Le Français CMA CGM, numéro trois mondial, ne va sans doute pas très bien non plus, mais comme il n’est pas coté en Bourse il est beaucoup plus discret. Comment expliquer ces prix fous ? Vous savez, le transport maritime, c’est le premier levier de la mondialisation. Pour échanger des marchandises, il faut les transporter. Et dès que les distances sont un peu grandes, on transporte sur mer. Or la mondialisation avait galopé ces dernières années. En dix ans, les échanges commerciaux entre pays ont été multipliés par deux. Les tarifs du transport on explosé. Pour suivre la demande, les armateurs n’ont cessé de commander de nouveaux bateaux. Normalement, le parc de navires devait doubler en cinq ans. Et là, patatras : les exportations mondiales dégringolent comme jamais depuis près d’un siècle. Du coup, c’est la débandade. Cette chute du transport maritime, est-ce que c'est le signe d'un recul de la mondialisation? Pour l'instant, on est dans un repli conjoncturel. Mais il est vrai que les échanges ont énormément chuté, et qu'on va peut-être voir la fin de certains excès, comme les fraises qui viennent en avion du Chili pour Noël ou les produits qui font trois fois le tour du monde au cours de leur fabrication. Alors je sais bien qu'en France, on souhaite souvent la fin d'une mondialisation des échanges accusée de tous les maux, du chômage aux paniques financières en passant par la disparition de pans entiers de l''industrie. Mais il faut bien voir qu'une démondialisation irait sans doute de pair avec une décroissance – c'est d'ailleurs exactement ce qu'on voit en ce moment, après avoir vu pendant des années l'activité et les échanges progresser ensemble. Mais alors, quelle est la solution? Il me paraîtrait préférable d'aller vers une autre forme de croissance, moins matérielle, plus respectueuse de notre environnement – et donc aussi vers d'autres échanges. L'un des scénarios qui se profile à l'horizon est d'ailleurs la constitution de grands ensembles régionaux, qui commercent bien plus entre eux qu'avec les autres. En Amérique, les dirigeants des Etats-Unis, du Mexique et du Canada étaient en conférence hier. En Asie, les accords commerciaux bilatéraux se multiplient, et la Chine devient le moteur de la région. Et chez nous, ça nous ramènerait à la vieille idée de la construction d'une Union européenne. Le problème, c'est que pour l'instant, on est plutôt en train de la démolir.

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