Arnaud le Gal : Le sujet éco du jour, ce sont les derniers développements de la crise grecque, ou plutôt du plan de sortie de celle-ci…

Oui, loin de marquer la fin du feuilleton, l’accord, il y quelques semaines, entre Alexis Tsipras et les créanciers du pays avait déclenché de grandes manœuvres pour parvenir à une résolution concrète de la crise. Après d'intenses négociations, depuis ce week end, un pas important a été franchi cette nuit avec un accord entre Athènes, la BCE, le FMI, la Commission Européenne et le Mécanisme Européen de Stabilité, sur les objectifs budgétaires du pays d'ici à 2018 . Les négociations vont se poursuivre dès aujourd'hui, en vue d'unaccord global et d'un nouveau plan d'action à présenter au plus vite au Parlement grec. Tout le monde - même nos voisins allemands toujours soucieux de ne rien signer à la hâte sur ce sujet explosif - a en tête une date butoir, majeure et très proche :le 20 août , lorsqu'il s'agira que les Grecs puissent honorer leur prochaine échéance de remboursement à la BCE de 3,2 milliards d’euros, grâce au versement d’une première tranche d’aide de 20 à 25 milliards.

Quel est le but de tout cela : permettre aux banques grecques de sortir la tête de l’eau ?

Exactement. À la réouverture de la Bourse d’Athènes, la semaine dernière, les titres des quatre grandes banques du pays avaient plongé. Leurs portefeuilles de crédit et leurs fonds propres sont dans un tel état qu’elles ne prêtent plus à personne. « Pour faire redémarrer la machine, il faut remettre le secteur sur pied et donc y aller massivement », nous a déclaré un observateur. D’où cesfameux 25 milliards d’euros de recapitalisation . Les avancées des négociations ont fait que le cours des banques est remonté hier à la Bourse d’Athènes. Autre bon signal : leurs liquidités s’améliorent. Avec la saison touristique, la fuite des dépôts s’est stabilisée et les commerçants se remettent à placer leurs recettes à la banque. Regain de confiance qui est un premier pas vers une levée du contrôle des capitaux.

Au passage, cette recomposition du paysage financier a des conséquences inattendues…

Oui, et contrastées. Je vous en citerai deux exemples, liés à ce contrôle des capitaux instauré fin juin et à la manière dont les Grecs font en sorte d’y échapper. D’une part, la tendance massive des entreprises grecques àouvrir des comptes bancaires … en Allemagne - ironique, non ? - pour encaisser le paiement de produits ou services livrés à des clients allemands ou étrangers.

D’autre part, la conversion, plus massive encore, des Grecs àla carte bancaire , seule alternative au plafonnement des retraits d’argent liquide : un million de cartes émises en quelques semaines , et de plus en plus de commerçants se dotent de terminaux de paiement. Des transactions qui, contrairement au « cash », jusqu’à présent roi en Grèce, apparaîtront sur le radar du fisc. Dans un pays où l’économie souterraine pèse un quart du PIB , c’est une révolution. Pas celle dont rêvait Syriza. Mais celle-ci est réelle.

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.