L’assureur Allianz France casse ses prix pour les voitures qui ont certains systèmes d’aide à la conduite : jusqu’à -25%.

Comment peut-il faire une telle offre ?

Allianz fait bien sûr un coup de pub, mais aussi un calcul économique. L’assureur propose ce rabais pour les voitures avec un système automatique de freinage d’urgence, ou un dispositif de parking automatique – ce que les experts appellent les véhicules semi-autonomes. Et s’il le fait, c’est tout simplement parce qu’il espère que ces voitures auront de 30 à 80% d’accidents en moins.

L’assureur va donc faire plus de bénéfices sur le dos de ses clients...

Si ses espoirs de sécurité renforcée se concrétisent, oui. Mais pas pour longtemps : si ça marche, ses concurrents vont eux aussi diminuer leurs tarifs. Au bout du compte, la baisse devrait profiter pour l’essentiel au consommateur. Ce qui veut dire que la voiture semi-autonome puis autonome risque de faire diminuer le chiffre d’affaires des assureurs, leur activité et donc ensuite leurs effectifs. Idem pour les garagistes, qui auront moins de tôle à débosseler.

Faudra-t-il alors freiner la voiture autonome pour sauver l’emploi ?

Il faut bien voir la voiture autonome pourrait être un formidable progrès. Si elle fait moins d’accidents, ça veut dire moins de blessés, moins de morts, moins de douleurs. Mais des syndicats pourraient être tentés de demander des restrictions à l’usage de ces voitures, et un futur gouvernement pourrait être tenté de leur donner satisfaction. Car la voiture autonome va aussi être une machine à décroissance. Moins d’assurances, moins de réparations, moins d’hospitalisations, moins d’espaces pour les parkings car on sort de la voiture avant qu’elle se gare et on n’a donc plus besoin d’ouvrir la portière après.

Et ça s’arrête là ?

Non, je peux continuer. Il faudra aussi moins de chauffeurs, et moins de voitures. Si un véhicule arrive tout seul, en bas de chez vous, au moment où vous l’avez décidé, et s’il repart tout seul après usage, la location va devenir infiniment plus simple. Les voitures pourraient devenir beaucoup moins nombreuses mais beaucoup plus utilisées. Ce serait à la fois la fin d’un énorme gâchis et un fantastique défi de reconversion pour l’industrie automobile qui est depuis longtemps au cœur de l’économie. Je ne voudrais toutefois pas vous laisser dans l’angoisse, chers auditeurs : même si la voiture autonome a fait d’immenses progrès en quelques années, il lui faudra au bas mot deux ou trois décennies pour s’imposer.

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