Par Jean-Marc Vittori

Le 11 mars dernier, un terrible tsunami frappait le Japon. Où en est l'économie japonaise un mois après ?

Ce n'est pas brillant. Alors bien sûr, la vague noire de 25 mètres de haut n'a pas emporté la troisième économie mondiale, même si elle a tué des milliers d'hommes et de femmes. Mais elle l'a faite reculer. Sur la première moitié de l'année 2011, la production devrait reculer de 2%. Ca fait beaucoup : c'est presque autant que la chute enregistrée en France au plus fort de la crise financière. Mais ensuite, ça devrait repartir dès cet été : il va falloir reconstruire le pays, en particulier le Tohoku, la région de Sendai, avec des routes, des voies ferrées, et surtout des dizaines de milliers de bâtiments et de maisons.

Le gouvernement espère que le Parlement votera d'ici à la fin du mois une première tranche de plus de 30 milliards d'euros, pour faire des logements provisoires et pour déblayer les gravats. Après le tremblement de terre de Kobé, en 1995, on avait observé exactement la même chose : une chute puis une reprise en flèche de l'activité.

Comment un tsunami peut-il avoir un effet aussi puissant sur l'économie ? Il y a trois grands canaux. Le premier, c'est l'épargne. Après une catastrophe pareille, le premier réflexe, c'est de mettre de l'argent de côté au cas où, et puis de reporter les gros achats. Le mois dernier, les Japonais ont par exemple acheté un tiers de voitures en moins qu'un an plus tôt. Le deuxième canal, c'est l'électricité. Fukushima n'est pas seulement une catastrophe écologique, c'est aussi une catastrophe économique. La centrale ne fabrique évidemment plus d'électricité. Et il y en a d'autres qui ont été arrêtées après le couple infernal tremblement de terre-raz-de-marée. Ca fait beaucoup de kilowatts ou même de mégawatts qui manquent au pays, en particulier à ses industriels.

Troisième canal : des usines ont été dévastées. Elle ne peuvent plus produire. Or, le Japon est le champion de la production en « juste-à-temps ». Il n'y a plus de stocks. On fabrique tout au fur et à mesure. C'est un système très efficace, mais qui s'enraye très facilement. Il manque ainsi un verre très spécial indispensable à la fabrication de l'Ipad2. Cet effet-là dépasse largement les frontières, puisque des usines automobiles européennes ne peuvent plus tourner.

Quelles leçons peut-on tirer de cet événement dramatique ? Comme après n'importe quelle catastrophe : il faut faire plus attention. Attention, d'abord, à la chaîne de production. Pour une entreprise, ça coûte souvent moins cher de travailler avec un seul fournisseur. Mais quand ce fournisseur a un pépin, c'est toute la production qui peut être bloquée. Et ça peut coûter très, très cher.

Ensuite, il faut faire attention au risque lui-même. On évalue souvent les dégâts que peut faire une catastrophe naturelle à partir des relevés historiques. Mais ces relevés datent souvent d'un siècle, deux au grand maximum. Quand les historiens remontent dans le passé plus lointain, ils trouvent souvent les traces de chocs plus importants que ceux observés depuis le XIXème siècle. Il y a par exemple eu un orage effroyable en décembre 1287 qui a détruit non seulement des digues aux Pays-Bas, mais aussi plusieurs villes en Angleterre.

Nos centrales nucléaires au bord de la mer résisteraient-elles à un événement aussi violent ? On espère que ça a été vérifié, ou que ça va l'être.

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