Les marchés boursiers ont fait un plongeon hier, Paris et Madrid de 3%, Milan de 5%. C’est reparti ?

Non, a priori, ce n’est pas reparti, mais ce coup de tonnerre montre quand même que tout n’a pas été réglé au début de l’année. Relativisons le plongeon : on parle de la Bourse que quand elle descend ; mais il faut savoir que, depuis janvier, elle avait monté, et qu’une chute de 3% la fait revenir à son niveau initial. En réalité, le signal le plus important, c’est la poussée de fièvre sur les taux d’intérêt. Hier, les taux espagnols ont touché la barre des 6%, avec un écart de plus de quatre points par rapport à l’Allemagne.

Mais les Européens ont mis en place des fonds de secours, la Banque centrale est intervenue. Pour rien ?

Le gouvernement Rajoy veut redresser ses comptes, il tient les dépenses d’une main de fer ; mais les investisseurs se demandent s’ils seront payés si la croissance n’est pas là. Et les banques espagnoles auraient épuisé leur part des 1.000 milliards d’euros de prêts de la BCE. Les fonds de secours de l’Europe, eux, ne peuvent pas et c’est normal, être actionnés tant qu’il n’y a pas urgence - et il n’y a pas urgence. Bref, le bouclier anticrise plie mais ne rompt pas. Un scénario à la grecque est peu probable mais le plus grave est que le taux de chômage ne baisse pas.

Au-delà du cas ibère, c’est l’éternelle question de l’équilibre rigueur/relance…

Là, çà bouge. La rigueur est là et changé la vie des Européens. Les taux de TVA ont augmenté à Londres, à Rome et au Portugal. Les salaires des fonctionnaires ont baissé en Irlande (10 à 15%) et en Grèce (20 à 30%). En Espagne, on parle de limiter les remboursements de soins pour les plus aisés. Le problème est que Bruxelles, Berlin et Paris ont surestimé la capacité de la Grèce et de l’Espagne à redémarrer. C’est la raison pour laquelle le vent en faveur de mesures pour la croissance souffle plus fort en Europe depuis peu.

Quelles mesures ?

C’est toute l’ambiguïté ! Les sociaux-démocrates, les socialistes français notamment, pensent grands travaux dans l’énergie, les transports. Mais d’autres, les Italiens, pensent libéralisation du marché du travail, ouverture de professions protégées. Mario Monti applique en Italie le rapport … Attali - il a été membre de la commission Attali avant d’accéder au pouvoir à Rome.

Cela va dans le sens de François Hollande, tout cela ?

Oui et non. Non, parce qu’on ne voit pas comment il gagnerait un bras de fer avec Angela Merkel avec ses seuls bras même musclés s’il manie le flou sur les déficits – ce qui est un peu le cas. Même s’il y a une part tactique du côté de Hollande, l’Allemagne n’en peut plus, de cela. Mais oui, cela va dans son sens, parce que le vent - donc - tourne. Hommage ambigu et ironique : hier, le Financial Times, bible des marchés, a rendu hommage à son discours sur la croissance. Disons-le avec le sourire, personne, autour du candidat, ne s’en est vanté !

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