Le gouvernement a confirmé hier que le patrimoine des ministres et des parlementaires sera publié. Une réforme inévitable ?

Oui, inévitable, mais aussi sans illusions et intrusive, violente, dans un pays comme la France qui a une relation particulière avec l’argent. Du coup, le débat est normal, on voit ce matin l’hostilité du président de l’Assemblée (dans Le Figaro ce matin), Claude Bartolone.

Réforme dont vous dites qu’elle est inévitable...

Il y a eu trop de scandales, en tout cas trop de suspicions. Cette transparence pour les ministres et les parlementaires, ce n’était pas la seule réponse possible à l’affaire Cahuzac, mais il en fallait une. Ce qui est sûr aussi est qu’elle est appliquée dans la plupart des pays européens, par exemple en Allemagne. Donc, oui inévitable.

Mais il ne faut pas non plus, donc, se faire d’illusions ?

C’est l’évidence : ce n’est pas la loi qui change les comportements et le cœur des hommes. Vous savez, quand vous allez aux Etats-Unis, vous remplissez un papier sur lequel est écrit une question : avez-vous l’intention de commettre un acte terroriste, en clair, de tuer le président des Etats-Unis ?! Bon, la déclaration vaut pour ce qui est déclaré, ce qui compte c’est le contrôle qui permet de la vérifier.

Votre troisième point : cette réforme est intrusive.

C’est le plus important. En France, il y a un secret sur les revenus et les patrimoines. Aux Etats-Unis, chacun connaît les ressources précises de son beau-frère, en France personne ou presque. Pour les ministres et les élus, c’est très violent. Que va-t-il se passer ? Depuis 48 heures, les patrimoines révélés sont modestes. Lundi, on va forcément découvrir que certains ministres ont de gros patrimoines. Et alors ? La France entière va les commenter : d’où ça vient, qu’en fait-il ? Un ministre, un parlementaire qui paient l’ISF seront-ils suspects dès qu’ils en parlent ? Va-t-on se dire, soudain, ah mais Hollande a conservé le relèvement du seuil d’entrée dans l’ISF décidé par Sarkozy, 1,3 million, parce qu’untel ou untel y avait intérêt ? Terrible flicage ! Sans parler d’un détail : le patrimoine des conjoints d’élus se retrouve sur la place publique.

Sur la transparence, on a un précédent ?

Les salaires des dirigeants du CAC 40 sont publiés et connus à l’euro près. Cela devait pousser à la modération. Cela a conduit à l’inverse, chacun se comparant. Dans la politique, va-t-on, à l’inverse, aller vers un moins-disant, un délit de richesse ? Au total, si on est optimiste, on se dit que l’argent sera banalisé, et que les Français vont s’apercevoir que la majorité des élus ne roulent pas sur l’or et ne s’enrichissent pas. Parce que le pouvoir est un capital bien plus attirant. Mais tout cela est risqué et contraindra les élus un peu lampistes dans l’affaire, plus que cela ne convaincra les Français.

Une autre mesure a été annoncée hier, l’interdiction du mandat de parlementaire avec toute autre activité.

Sauf exceptions. Il s’agit d’éviter les conflits d’intérêts entre secteur privé et mandat public. Ça, c’est extraordinaire : avoir une activité privée est suspect, mais la suppression du cumul des mandats n’aura lieu qu’en 2017, comme s’il n’y avait jamais conflit d’intérêts entre être élu national et élu local !

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Le blog de Dominique Seux

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