Ce matin : l’emploi et le chômage, grands absents du Grand débat.

C’est frappant quand on lit de près l’ensemble des documents issus des réunions locales, des contributions spontanées et des plates-formes diverses et variées. Et quand on observe le débat public d’une façon générale. Le chômage est un sujet qui est manifestement considéré comme secondaire, loin derrière les questions du niveau des impôts, du fonctionnement des institutions et des privilèges par exemple. L’exaspération fiscale est bien sûr si forte qu’elle mérite une réponse. Mais pourquoi le chômage ne soulève-t-il pas lui aussi l’indignation ? Je vous livre une information tirée des prévisions semestrielles du FMI publiées mardi. Le FMI y affiche le taux de chômage de 80 pays dans le monde, les principaux hormis beaucoup de pays africains pour lesquels il n’y pas de données. Sur ces 80 pays, seuls 15 ont un taux de chômage supérieur à celui de la France, qui tourne autour on le sait 8,8% de la population active cette année. Voici la liste. En Europe, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, la Croatie et la Serbie. Proche de l’Europe, la Turquie, l’Arménie, l’Algérie, le Maroc. Plus loin, l’Egypte, l’Iran, le Soudan, le Brésil, Porto-Rico, le Venezuela. TOUS les autres pays ont moins de chômage que nous. Naturellement, les concepts de ce qu’est le chômage peuvent varier, naturellement, cela peut être un choix de société entre les emplois dits précaires et le chômage. Mais pourquoi, donc, cette indifférence ?  Oui, pourquoi ? La réponse la plus facile (mais pas fausse) est de dire que notre système de protection sociale est plus généreux qu’ailleurs, même si un chômeur sur deux n’est pas indemnisé, ce qui affaiblit l’argument. Un jour Angela Merkel s’est penchée vers François Hollande dans une réunion internationale pour lui demander, incrédule : vous versez vraiment des allocations pendant trois ans ? Hollande s’est tourné vers sa conseillère qui lui a confirmé. Mais ce n’est pas la principale explication. La principale explication est qu’il y a deux populations en France. Les Français ayant une bonne formation ont peu de problèmes d’emploi, et ne sont pas forcément désespérés par des périodes courtes de chômage. Les Français qui ont un niveau de diplôme faible ou moyen ont un taux d’emploi de 50%, l’un des plus faibles d’Europe selon l’OCDE. Mais cela n’intéresse apparemment pas grand monde parce que ce n’est pas un sujet aussi politique et facile à traduire que les impôts. C’est éminement scandaleux et regrettable.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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