L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos. » ___Le dernier Conseil européen de la présidence française s’ouvre ce soir à Bruxelles et l’Allemagne sera un peu en position d’accusée, parce que l’Allemagne est le pays le plus puissant des 27, qu’elle représente presque un tiers de l’économie totale, et que beaucoup de critiques sont adressées à Angela Merkel. En fait, il y a tellement un tir groupé qu’on a envie de prendre sa défense. Alors, que lui est-il reproché ? D’abord sa position sur la relance : elle serait un peu pingre, refuserait de participer à l’effort collectif en ne mettant sur la table que 32 petits milliards d’euros. Ensuite, sa posture sur le climat. C’est elle qui, la première, a lancé l’idée de la croissance verte. Mais lundi, elle a dit qu’elle ne signerait rien si cela met en péril l’industrie allemande. Bref, elle est jugée pas très réactive. Elle n’a pas été invitée à Londres lundi pour la rencontre Brown-Sarkozy–Barroso. Il faut au moins comprendre ses raisons à elle. Elles sont politiques, elle est en coalition et il y a des élections générales en 2009. Elle aimerait les gagner. C’est normal. Mais il y a surtout des raisons économiques. Angela Merkel ne comprend pas l’agitation autour des plans de relance, cette course à l’échalote. Elle les trouve dangereux parce qu’ils augmentent la dette publique. Au fond, si on creuse, les Allemands jugent qu’ils ont fait beaucoup d’efforts pour redresser leurs comptes en dix ans. Ils ne vont pas tout gaspiller parce que les autres pays ont été plus cigales que fourmis. On se fait une fausse idée de l’Allemagne, à cause de Porsche, de Mercedes, de sa place de premier exportateur mondial. Pour gagner cette place, pour faire la réunification avec l’ex-Allemagne de l’Est, nos voisins ont fait des efforts incroyables, notamment sur leurs salaires. Le résultat, c’est que l’Allemagne est riche, les Allemands moins. Leur richesse par habitant est à peine supérieure à la moyenne de la zone euro. Enfin, il y a l’énorme problème démographique. La population vieillit, le nombre de personnes âgées augmente, les Allemands veulent épargner aujourd’hui pour avoir encore les moyens d’investir demain. Ce raisonnement est convainquant si ce que nous vivons est une récession comme on en voit de temps en temps. Dans ce cas là, on fait le gros dos, on attend que ça redémarre. Le problème, c’est si la crise est beaucoup plus grave. A ce moment là, le bon sens, la prudence, ne vont plus. Comme on ne sait pas, Paris ou Londres disent : la relance, c’est une police d’assurance contre le pire. Angela Merkel, qui entend tout cela et qui commence à être critiquée chez elle, réunira dimanche sa majorité. Pourquoi dimanche ? Parce qu’elle n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite avant le conseil européen. L’Allemagne va donc probablement faire plus de relance, mais en janvier. Il y a des critiques qui montent, chez des économistes, sur un registre plus embêtant, celui du passager clandestin. Pendant des années, l’Allemagne aurait profité de la bonne consommation de ses voisins pour exporter ses produits alors que son marché à elle était très plat. Aujourd’hui, elle serait le passager clandestin de la relance des autres qui soutiennent les investissements, là où elle est très forte. Pour toutes ces raisons, elle va finir par souscrire la police d’assurance et en faire plus.

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