Jean-Marc Ayrault va annoncer aujourd’hui des mesures contre la pauvreté. Alors, faut-il, et peut-on dégager de nouveaux moyens ?

C’est l’enjeu de la conférence nationale que conclura le Premier ministre. On le sait, associations voudraient davantage d’argent - c’est logique- mais il n’y en a pas. Donc, dépenser plus, sans doute que non, dépenser mieux, certainement. Aujourd’hui, l’Etat dépense 30 milliards d’euros par an contre la pauvreté et l’exclusion. C’est peu par rapport à la richesse nationale mais important par rapport au Budget. En réalité, la France n’a pas à rougir de son bouclier anti-exclusion : le RMI devenu RSA et la CMU, la couverture maladie universelle. Jean-Marc Ayrault annoncera un coup de pouce de 2% au RSA. Tout cela aide des millions de personnes, sans oublier les prestations logement, handicapés, le minimum vieillesse, l’aide médicale d’Etat pour les sans papier etc. 30 milliards par an, chiffre découvert dans un obscur document budgétaire peu connu.

Pourtant, ça ne marche pas : il y a davantage de pauvres !

C’est vrai que le taux de pauvreté a remonté depuis 2008. Cela étant, il faut souligner que la France est un des pays où le taux est le plus faible en Europe, grâce à ses filets de sécurité. Ce n’est pas un satisfecit – le sujet ne s’y prête pas – mais c’est une réalité. Autre évidence : le seuil de pauvreté est calculé à partir du revenu de l’ensemble des Français, il est donc relatif et change tout le temps. Statistiquement, mathématiquement, il est même impossible d’avoir un taux de pauvreté égal à zéro – sauf à ce que tout le monde ait le même revenu.

Qu’est-ce qui ne va pas, où peut-on faire mieux sinon plus ?

Il faut s’avancer avec prudence et humilité, parce que ce sont les travailleurs sociaux, les associations, qui sont en première ligne. Il faudrait plus de simplicité dans les aides : beaucoup trop de ceux qui pourraient en bénéficier y renoncent. Il faudrait surtout, surtout, moins de saupoudrage et plus de ciblage. Certaines aides sont distribuées à un public trop large, pas réservés aux vrais exclus. C’est sans doute la clé de l’évolution du modèle social français. Il faudrait aussi parfois plus de sévérité - osons le mot : on quitte rarement un logement social par exemple. Enfin, il faudrait des statistiques plus fines. Un couple avec deux enfants est défini pauvre s’il perçoit moins de 2.250 euros par mois. Mais ce n’est pas la même chose à Paris et Mont-de-Marsan. Un Etat plus ciblé et mieux informé, voilà l’idée.

C’est tout ?

Non ! Notre système économique, les entreprises, traitent mal les jeunes et les travailleurs pauvres. C’est une réalité que connaissent, hélas, tous les pays développés, elle n’est pas pour autant supportable. Et d’abord pour les jeunes. Pour le reste, la croissance est le meilleur antidote à la pauvreté, on le mesure quand elle n’est pas là. Au fond, la mondialisation offre un visage dont une face est réjouissante et l’autre non. Dans les pays du Sud, il y a de plus en plus de Nord, de classes moyennes émergentes. Dans nos pays du Nord, il y a un Sud bien installé, pauvre et désespéré.

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