Vous commentez la curieuse journée d’hier qui a vu deux ministres, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, afficher des positions totalement différentes sur les questions de concurrence.

Oui, la politique du gouvernement est parfois très lisible : c’est le cas quand Michel Sapin, ministre du Travail, arrache un accord intéressant à Bruxelles sur les travailleurs détachés – c’était lundi soir. Elle est parfois totalement illisible : c’est le cas sur la fiscalité. Mais depuis hier, on découvre qu’elle est aussi à géométrie variable. Sur deux sujets différents, mais qui concernent tous deux notre vie quotidienne, Arnaud Montebourg (Industrie) et Benoît Hamon (Consommation) ont - hasard de l’actualité - défendu des conceptions divergentes sur la concurrence dans l’économie. Un grand écart qui laisse songeur. Il s’agit dans un cas de la téléphonie mobile, dans l’autre de l’optique.

Xavier Niel, patron de Free
Xavier Niel, patron de Free © Maxppp / Christophe Morin
**Arnaud Montebourg s’en est violemment pris à Free.** Il y a eu hier sur **Twitter** ce qu’on appelle un tweet clash, un échange musclé entre lui et **Xavier Niel.** Ce dernier défendait son offre d’accès gratuit à la 4G sans supplément, (je cite) pour « toujours plus de pouvoir d’achat ». Réponse de**Montebourg** : pas du tout (je cite) « toujours plus de destructions d’emplois grâce aux excès low cost de Free ». Ca balance ! Depuis des mois, le ministre accuse Free de détruire des emplois chez ses concurrents Bouygues, Orange et SFR. Lui défend le producteur et le salarié, l’entreprise et l’emploi, avant le consommateur. Pourquoi pas ? Le problème est que s’il doit veiller à ce que la concurrence soit loyale, il est inouï qu’un ministre choisisse son camp dans une bagarre commerciale. Et c’est étrange de faire l’impasse sur les bons effets de la baisse des prix. Faut-il fermer les supermarchés qui gênent les épiceries ?
Lunettes trop chères
Lunettes trop chères © Radio France
**Quelques heures plus tard, c’est au tour de Benoît Hamon d’entrer en scène.** Sur un autre sujet, l’optique. Au Parlement, il a commencé à soutenir une série d’amendements qui libéralisent le marché de l’optique à son texte sur la consommation. Ils seront votés lundi. Concrètement, votre ophtalmo indiquera sur votre ordonnance de quels types de verre et de monture vous avez besoin et vous les commanderez sur Internet sans passer par la case opticien. Par ailleurs, les grandes surfaces pourront avoir leur rayon optique, comme le veut Michel-Edouard Leclerc. Au total, les Français économiseraient un milliard d’euros sur des montures hors de prix. Evidemment, les opticiens hurlent et annoncent des milliers d’emplois supprimés. Donc, là, Benoît Hamon, lui, choisit le pouvoir d’achat. Pourquoi pas ? La concurrence est plutôt une bonne chose. Le problème est qu’entre Benoît Hamon qui défend une thèse sur l’optique, via un amendement surprise, et Arnaud Montebourg soudain proche de Martin Bouygues sur la téléphonie, on perd le fil ! Est-ce les lobbies qui crient le plus fort qui sont le plus écoutés ? **Le gouvernement devrait donc clarifier sa position ?** Sur la concurrence, il avait calé sur les taxis et les ambulanciers, là il freine et il accélère en même temps mais selon les terrains. Bref, que veut-il, ou va-t-il ? ## Les liens [Le blog de Dominique Seux](http://blogs.lesechos.fr/dominique-seux/dominique-seux-r59.html)
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.