Hier matin, vous cherchiez désespérément la mesure du projet Macron qui aurait le plus d’impact psychologique. Est-ce que vous l’avez trouvée ?

Non ! Ce que l’on a trouvé c’est la mesure qui enflamme la gauche : le travail du dimanche. A 5 dimanches par an, on est aubryiste et socialiste, à 12, vallsiste et bien sûr vendu au libéralisme. Non, je n’ai pas trouvé, dans ce texte qui va pourtant dans le bon sens, la disposition choc que l’on retiendra tous dans dix ans. En revanche , je pense avoir trouvé la réforme qui aura peut-être le plus d’effet économique : l’ouverture du transport par autocar. A l’heure actuelle, 100.000 personnes empruntent chaque année l’autocar pour se déplacer sur de longues distances. En Suède, c’est 2 millions, en Allemagne plus de 8 et en Grande-Bretagne 30 millions. En France, on utilise la voiture (seul ou en covoiturage), le train ou l’avion pour aller de Nantes à Nice, ou de Lille à Brest. Mais pas le car. C’est cela qui va changer rapidement puisque le gouvernement prévoit cinq millions de passagers d’ici ... un an.

Avec quel avantage ?

Un avantage de coût et de mobilité. Pour les jeunes, pour les personnes aux faibles revenus, le trajet en car sera peut-être plus long qu’en train, mais moins cher. Exemple donné par Bercy : vous êtes quatre, vous voulez faire un aller-retour Paris Lille l’été prochain ; en TGV, c’est une heure mais 400 euros ; en car, cela vous coûtera 114 euros mais vous prendra trois heures. Et les liaisons transversales seront possibles.

Qu’est-ce qui s’oppose à cela aujourd’hui ?

Une règlementation malthusienne. Le transport par car est un quasi-monopole public. Il est interdit au niveau régional. Et sur les longues distances en France, il n’est possible que si le car franchit une frontière et que si la moitié des passagers au moins débarque à l’étranger ! Evidemment, c’est ubuesque. En réalité, tout est fait pour ne pas faire de concurrence au train, et d’abord aux TER, les trains régionaux financés par les Régions. En plus, c’est la culture du train qui domine depuis toujours la France, une culture technique et de service public. L’autocar est considéré, bizarrement, comme le service du pauvre. L’ouverture du marché décidée hier -à des transporteurs privés- va changer la donne. Mais les régions et le train craignent d’y perdre des plumes.

Ont-ils raison de s’inquiéter ?

A priori, non. L’avion low cost n’a pas tué le transport aérien, il a permis à une clientèle nouvelle de voyager. Le car, cela pourrait être la même chose. Donc, c’est bien. Certes, au total, en France, le réseau de chemin de fer, le covoiturage pour les jeunes et l’avion low cost sont si développés que l’objectif des cinq millions de voyageurs par car d’ici un an paraît optimiste. Mais un peu de concurrence pour la SNCF sur la lisibilité de ses prix et de ses coûts ne fera pas de mal et des milliers d’emplois sont possibles. Donc, il faut tenter le coup.

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