Emmanuel Macron a lâché environ 11 milliards d'euros en deux semaines pour éteindre le feu des Gilets Jaunes. Ceux-ci auront, en un seul petit mois, à modifier les équilibres économiques à hauteur de 15 milliards d'euros si on prend en compte l'effet sur l'activité commerciale.

E. Macron, le 10 décembre 2018
E. Macron, le 10 décembre 2018 © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

C’est une correction de cap, ce n’est pas un tête-à-queue. Pour être concret, ce n’est pas un virage à 180° comme l’avaient fait François Mitterrand en 1983 (la rigueur après la relance), Jacques Chirac en 1995 (la facture après la fracture sociale) puis Nicolas Sarkozy en 2008 (face à la crise financière). 

Ce n’est pas non plus le virage à 90° opéré en 2013 par François Hollande, devenu pro-entreprise. C’est un virage à 45°, avec un glissement de trajectoire vers le pouvoir d’achat sans se renier, juste en avalant son chapeau. 

Il y a du grain à moudre pour les bas salaires, la hausse accélérée de la prime d’activité et les heures supplémentaires plus rentables permettant à beaucoup de smicards de gagner une grosse centaine d’euros supplémentaires par mois. 

Il y a du grain à moudre pour davantage de retraités exonérés de CSG, c’était indispensable, la mesure était incomprise. Emmanuel Macron n’a en revanche absolument pas voulu avaler son chapeau sur l’ISF, et si une sur-taxation des revenus des très aisés est possible, l’annonce sur les dirigeants du CAC40, qui devront être domiciliés fiscalement en France, est un peu floue. Mais c’est en fait surtout une information : cela veut dire qu’ils sont nombreux à ne pas l’être. 

Au passage, rien de très concret pour les ménages moyens qui expriment leur ras-le-bol fiscal. 

Au total, combien tout cela coûte-t-il ? On n’ose pas dire un pognon de dingue, mais on parle là de 11 milliards d’euros y compris le gel des taxes sur les carburants. Avec les conséquences économiques des quatre semaines de conflit, évaluées à 0,2 point de PIB, les Gilets Jaunes ont changé la donne à hauteur de 15 milliards en France. C’est énorme pour des bleus de la revendication.

Qui va payer ?

Edouard Philippe le dira aujourd’hui. Un peu les entreprises, c’est sûr. Un peu peut-être les ménages très très aisés, on l’a dit. Mais ce sont essentiellement les comptes publics de la France, avec un déficit qui passerait (avant mesures d’économies) aux alentours de 3,5% du PIB. Contre 2,8% prévue. 

Tout le monde va naturellement trouver cela inévitable politiquement (sans doute), justifié socialement (c’est vrai, comment vivre avec le smic en France) et même formidable pour certains. Un chiffre n’aura de toutes façons jamais raison face à un Gilet Jaune. 

Disons juste que la dette à 100% du PIB s’est rapprochée hier soir et que la politique des finances publiques a des airs de poudre de perlimpinpin. 

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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