Edouard Philippe doit répondre à trois questions. La plus importante est de savoir si le gouvernement va convaincre l'opinion (puisqu'il ne cherche plus l'appui syndical) que sa réforme apporte des bonnes nouvelles.

Les trois enjeux du discours d'Édouard Philippe
Les trois enjeux du discours d'Édouard Philippe © AFP / Bertrand Guay

Chronique avant le discours d'Edouard Philippe.

Son intervention en rappelle une autre, celle du 10 décembre 2018, il y a un an et un jour, pour répondre à la crise des gilets jaunes. Emmanuel Macron avait été vu par 23 millions de téléspectateurs. 

Le premier enjeu du Premier ministre est de savoir si le gouvernement va "enfin" réussir à démontrer que sa réforme n'est pas une punition, mais apporte du mieux. "Enfin", parce que jusqu'ici, il n'a pas réussi à créer du désir, à séduire les gagnants. 

Voilà le soupçon : puisqu'il est prêt à éloigner la date d'entrée en vigueur du nouveau régime, c'est bien parce que ce sera pire après, pas mieux. En réalité, il y a des gagnants : femmes, agriculteurs, étudiants, etc. 

Mais ils sont pour l'instant invisibles face aux perdants. Les rares cas types mis en avant par le pouvoir n'ont rien pesé face au simulateur des syndicats sur Internet. Pensez-y : les salaires des profs vont augmenter à partir de 2021 (c'est normalement une excellente nouvelle chaque mois !) mais c'est perçu jusqu'à maintenant comme la compensation d'une mauvaise nouvelle sur les retraites. 

Bref, le premier enjeu d'Edouard Philippe : être sexy.

Deuxième enjeu : dire enfin s'il faut travailler plus longtemps pour équilibrer le système, car on a vraiment tout entendu : augmenter le nombre de trimestres pour la retraite à taux plein créé un âge pivot avec bonus malus, ne rien faire. Voici l'arbitrage : l'âge légal reste à 62 ans mais il y aura un âge pivot à 64 ans en 2027, avec une montée en charge à partir de 2022. 

Le dernier enjeu : l'équité. Jusqu'où des concessions sont-elles faites aux régimes spéciaux pour que les grèves dans les transports s'arrêtent ? On se dirige vers un calendrier spécialement décalé pour la SNCF et la RATP. La réforme s'appliquera à partir de la génération 1975 pour tout le monde, mais ce sera en 1980 ou 1985 pour les régimes spéciaux, au nom dit-on d'un "contrat moral" conclu entre l'Etat et ses salariés, mais vous savez, les salariés du privé ne comprennent pas forcément cette histoire de contrat moral. Eux aussi ont des espérances quand ils commencent à travailler et les règles pour eux changent tout le temps. 

Enfin, équité toujours : comment faire en sorte que les plus jeunes n'aient pas l'impression d'être les dindons de ce qui n'est pas une farce et ne jette pas la figure de leurs aînés ? "OK, Boomer" !

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