L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». Le gouvernement américain a présenté hier son nouveau plan pour le système financier, un plan qui a déçu les marchés. Est-ce la fin de l’état de grâce pour Barack Obama ? Cela y ressemble, mais c’est aussi plus compliqué. C’est vrai que les marchés ont mal réagi à ce qui a été annoncé hier, un plan pour les banques qui pourrait aller jusqu’à 2.000 milliards de dollars. Paris a perdu 3,64% et New York 4,67%. Cette chute est d’autant plus surprenante qu’une autre nouvelle aurait dû être bien accueillie, le vote par le Sénat du plan, cette fois, de relance de l’économie elle-même qui prévoit 838 milliards de dollars d’investissements et de baisses d’impôts. Alors, pourquoi cette déprime des marchés ? Il y a le fait que le plan pour les banques était anticipé, qu’il est peu détaillé, compliqué, et que les marchés espéraient, au fond, sans rire, que les contribuables paieraient encore plus. Les marchés attendaient Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor, un peu comme la cavalerie qui vient vous sauver et qui, en plus, règle l’addition au bar. Eh bien, non, le secteur privé devra participer au sauvetage. Tout ça est vrai. Mais la principale raison est que chacun voit maintenant qu’aucun problème n’a été réglé depuis cinq mois. Tout ça révèle donc l’ampleur des difficultés du système financier, car personne ne sait combien de mauvais produits, de mauvais crédits, de « junk bonds », de subprimes, se cachent au fond des bilans des banques américaines. En terme médical, on dirait qu’on découvre tous les jours que la tumeur a progressé. En terme plus bucolique, le dernier Nobel d’économie, Paul Krugman, a une jolie formule : « c’est comme si on jetait une pièce de monnaie au fond d’un puits et qu’on ne l’entend toujours pas toucher le fond ». Jusqu’à maintenant, l’équipe Bush avait jeté du sable, mais sans effet : le crédit n’est pas reparti et la crise économique s’est aggravée, avec 2,5 millions de chômeurs en plus en quelques mois. Au fond, l’idéologie républicaine a conservé le dessus, l’idée que le marché va finir par revenir à la normale. Le meilleur exemple concerne l’immobilier : l’administration précédente n’a pas voulu aider directement les ménages qui ne pouvaient plus rembourser leurs emprunts. C’est cette logique qui change. Le diagnostic est fait d’une crise financière très lourde. Et la panoplie anti-crise est désormais totale. Finis les tabous ! Une sorte de banque poubelle, « bad bank » en anglais, financée par des capitaux publics et privés, va reprendre les actifs douteux. Cela pourrait aller jusqu’à 1.000 milliards de dollars. 1.000 autres milliards sont prévus pour garantir des prêts à la consommation et aux entreprises. Et puis, un plan pour venir en aide aux ménages en difficulté avec leur logement sera annoncé. Les Etats-Unis vont inventer les commissions de surendettement. C’est urgent parce que chaque chômeur de plus, c’est une personne qui ne remboursera pas ses emprunts, ce qui affaiblit le bilan des banques. Cercle infernal. Enfin, il y a le plan pour l’économie réelle. Si quelqu’un vous répond sans hésiter que ça peut marcher, ne le croyez pas ! Il avait déjà dit oui aux plans précédents. Les sommes sont énormes, les risques existent, à la fois parce que l’Etat devra trouver l’argent nécessaire et que la planche à billets va tourner vite. Pourtant, en traitant le mal à la racine, c’est-à-dire l’immobilier, le plan Obama va dans le bon sens. En attendant, ce n’est pas son plan qui déçoit, c’est la profondeur de la crise qui surprend.

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