Un conseil européen crucial se tient donc aujourd’hui à Bruxelles.Crucial est le bon mot, mais on pourrait en réalité en choisir un autre : vital. Les décisions qui auront lieu et surtout les déclarations qui suivront sont un véritable quitte ou double : ça passe ou ça casse. Et cela, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, les dirigeants européens, le savent. Sur le fond, le couple franco-allemand va lancer un message de soutien politique à la Grèce, mais sans forcément annoncer la forme technique qu’il prendra. Hier, on parlait d’une ligne de crédit ou de garanties à hauteur de 20 milliards d’euros, mais c’était une rumeur. Et ce message politique devrait être relayé par le Sommet européen des 27. Toute la question est de savoir si ce message fort suffira à rassurer les marchés, à apaiser les attaques contre la dette grecque et à empêcher la contagion. Ça passe ou ça casse, le résultat se verra à Wall Street ce soir et sur les bourses européennes demain. Pour taper juste, cet engagement doit être crédible et ambitieux. Les marchés se satisferont-ils d’une déclaration politique ? Je n’en mettrais pas ma main à couper. En 24 heures, beaucoup de lignes ont tout de même déjà bougé…Oui, la crise grecque a déjà eu plusieurs effets. Le premier est la mobilisation de l’Allemagne. On la disait égoïste, repliée sur elle-même, sur sa réunification, sûre de son statut de première puissance européenne. Si tout ce qu’on pressent se confirme, elle envoie le signal exactement inverse. Même si c’est contrainte et forcée, elle affirme son choix européen. Elle était défavorable à l’entrée de la Grèce dans la zone euro, elle va lui apporter une forme de garantie pour consolider l’euro. Elle ne supporte pas l’inconséquence budgétaire, elle pourrait aider des pays laxistes ou victimes de la crise à surmonter le cap. Mieux encore, elle met le pied dans la porte d’une coordination des politiques économiques dont la France rêve seule depuis longtemps. L’autre fait notable, c’est la volonté de Paris et Berlin d’agir ensemble. Le sommet franco-allemand de la semaine dernière avait déçu par manque de concret, la crise grecque change la donne. Vous avez dit « un pied dans la porte de la coordination économique »… Pas plus ? C’est ce que l’on a envie de savoir aujourd’hui, savoir jusqu’où l’Allemagne est prête à aller. Il y a la crise des dettes des Etats du Sud – on verra le résultat – mais la notion de coordination des politiques économiques que tout le monde évoque, et qui est souhaitable, est vague et mérite d’être précisée. S’agit-il de s’informer les uns les autres sur les stratégies suivies ? Il suffit de lire la presse. S’agit-il de contrôler la véracité des statistiques ? Dans le cas grec, cela aurait été utile ; mais c’est peu. S’agit-il de se fixer des objectifs ? Sur les déficits publics, ils n’ont pas été respectés. S’agit-il d’avoir les mêmes politiques, par exemple fiscales ? Là, c’est beaucoup, on voit le chemin qui reste à parcourir. S’agit-il de mettre en place des sanctions ? La souveraineté changerait de mains. Derrière la question grecque et le succès espéré du coup de poing sur la table d’aujourd’hui, c’est de tout cela qu’il s’agit, mais que ces questions ressurgissent est un bon pas en avant.

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