Ce matin, vous commentez l’ « affaire Findus ».

Cette affaire est intéressante parce qu’elle met en évidence, au-delà de la tromperie dont il faudra trouver les coupables, un phénomène qui a seulement une quinzaine d’années : la mondialisation touche aussi le secteur de l’alimentation. Et je dirais même plus : au-delà, on voit que la mondialisation, ce n’est pas seulement le déplacement des usines ailleurs ou l’achat par nous consommateurs de produits venus du bout du monde, c’est aussi l’éclatement des chaînes de production. Les circuits longs, c’est paradoxalement la révolution économique de ces dernières années, avec leurs limites.

Ce cas de la viande de cheval est exemplaire.

Encore une fois, on ne sait pas qui est fautif, chacun se renvoie la balle. Mais cette affaire donne la migraine. Findus a comme fournisseur Comigel à Metz qui lui-même travaille avec Spanghero (groupe Poujol) à Castelnaudary, dont les ordres d’achat sont passés par Chypre et les Pays-Bas pour aboutir en Roumanie. En fait, partout, pour acheter au meilleur coût et vendre au plus bas prix avec des bénéfices, les industriels ont tiré parti de l’informatique, qui permet de passer à toute vitesse des contrats, de payer et de passer en Douane. Mais aussi du faible coût des transports par mer ou route. Un industriel de l’alimentation me disait hier qu’il avait 3 à 400 fournisseurs dans le monde, qui lui permettent d’aligner le double de références.

C’est un phénomène qui va bien au-delà de l’alimentation.

Qui a commencé ailleurs. C’est ce que l’on peut appeler la fragmentation de la chaîne de production, le remplacement du circuit court par un circuit long. Pour construire une voiture, qui compte 2.000 pièces, un constructeur automobile travaille avec des sous-traitants dans 100 pays ; une pièce va de Corée au Brésil, en Espagne pour revenir en France. Un Iphone fait intervenir des dizaines de fabricants dans le monde. Partout, pour gagner quelques centimes qui font des milliards bout à bout, la chaîne de production est ajustée en permanence.

Et donc il y a des risques…

Logistiques : on a vu après Fukushima la dépendance des industries aux composants électroniques japonais. Ecologiques : les containers et les camions qui courent le monde dans tous les sens, ça n’est très écologique. Risques sanitaires : la sécurité suppose des contrôles qualité permanents, et il y a des failles. Revenons à l’alimentaire. On n’en a pas parlé en France, mais le géant français de la restauration collective Sodexo a intoxiqué 11.000 écoliers allemands à l’automne, avec des fraises de … Chine.

Il y a des solutions ?

Dans l’alimentation, il y a des solutions techniques comme l’étiquetage. On devrait proscrire des pratiques comme les enchères inversées. Au-delà, si l’idée d’une autonomie alimentaire de la France est tentante mais chimérique, les consommateurs doivent pousser aux circuits courts (le made in France ou le « manger Français ») et les autorités européennes faire leur boulot. Encore au-delà, on voit que l’on touche aux limites de la mondialisation de la production.

Enfin, vous voulez dire un mot du budget européen…

Un seul ! Sur les 1.000 milliards d’euros décidés, il y a un milliard pour le développement numérique, télécoms, Internet. Peut-on résumer autrement le drame de ce qui s’est passé vendredi ?

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