Enchères décalées, interrogations sur l'équipementier Huawei, accélération et gros investissements en Chine et aux Etats-Unis : l'Europe et la France sont sous sous pression pour le déploiement de la 5G. S'il est tentant d'ironiser sur cette fièvre technologique sans fin, c'est à tort.

A hostess speaks about the new Huawei smarthone pay service during a press conference and launch of new 5G Huawei products at the Huawei Beijing Executive Briefing Centre in Beijing on January 24, 2019.
A hostess speaks about the new Huawei smarthone pay service during a press conference and launch of new 5G Huawei products at the Huawei Beijing Executive Briefing Centre in Beijing on January 24, 2019. © AFP / FRED DUFOUR / AFP

C’est une question qui taraude ces jours-ci les opérateurs téléphoniques : la France sera-t-elle en retard pour la 5G ? 

La 5G est la nouvelle technologie qui va accélérer la vitesse de chargement et le débit des données qui arrivent sur tous nos smartphones, mais pas seulement. On parle d’un facteur multiplicateur par dix, avec une mise en route entre 2020 et 2025. Le sujet inquiète toute l'Europe.

Pourquoi cette inquiétude ? 

- Un : c’est l’Etat qui attribue les fréquences et les vend. Les enchères ont été décalées de plusieurs mois et Orange, SFR, Bouygues télécoms et Free craignent que le gouvernement ait la main trop lourde pour renflouer ses caisses. Du coup, l’intérêt de la 5G faiblirait et un déploiement sur tout le territoire deviendrait impossible. Or, la France a déjà eu du retard sur la 4G. 

- Deuxième raison : l’affaire Huawei. Bouygues et SFR sont dépendants de l’équipementier chinois qui est technologiquement excellent. S’il faut le mettre hors-jeu parce que les Américains le soupçonnent d’espionnage, sans beaucoup de preuve tangible mais parce que toute entreprise chinoise travaille pour Pékin, comment faire ? Nokia (finlandais) et Ericsson (suédois) ne fourniront pas les marchés américain ET européen. En clair, un vrai soupçon : Donald Trump veut-il à évincer l’Europe de la 5G ? 

- Trois : Trump, justement, a parlé de la 5G dans son discours sur l’état de l’Union mardi, il y voit un pivot de la confrontation technologique avec la Chine. Chine où, justement, Huawei va bientôt sortir son 1er téléphone 5G et où se prépare très vite un réseau. Bref, la bataille est planétaire. 

Mais pourquoi tant d’intérêts ? 

C’est une question que beaucoup d'auditeurs se posent peut-être. Et c’est vrai que cela ressemble à une course sans fin dont le seul objet serait de nous faire acheter tous les trois ans un nouveau téléphone ... Autrement dit, la caricature de la société de l’hyper-consommation ! Pas faux.... Vous l'évoquiez, Nicolas, dans votre 80". 

Mais en même temps, qui accepterait -là, tout de suite- de revenir à son téléphone d’il y a 10 ans ? 

Face à cette angoisse philosophique, la technologie, elle, répond que la 5G (jusqu’à 20.000 mégabits théoriques par seconde) est la voie ouverte à la voiture autonome, la télésanté, la réalité virtuelle etc. 

Au total, la France ne doit pas être en retard, mais chacun d’entre nous fera ce qu’il voudra dans cette course fascinante et épuisante entre ce que l’on appelle le progrès -et qui l’est- et ses aspirations essentielles.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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