Bonne nouvelle : la Chine est peut-être en train de rééquilibrer son modèle économique.

En tous cas, elle fait des efforts considérables pour nous en convaincre.

Nous convaincre de quoi ?

Qu’elle fait le maximum pour que sa croissance effrénée s’appuie moins sur des excédents commerciaux gigantesques et davantage sur la musculation de sa demande intérieure – des salaires en hausse, des consommateurs qui dépensent leur argent et des importations, du coup, qui progressent. Et la journée d’hier a été l’illustration de ce souci. Les autorités ont publié le bilan du commerce extérieur pour 2010, qui fait apparaître un excédent inférieur à celui de 2009, à 140 milliards d’euros. Cela a été annoncé par un petit communiqué sans tambour ni trompettes. Rien à voir avec les clairons de l’an dernier, quand Pékin avait annoncé être devenu le premier exportateur mondial ! Cela a, en revanche, clairement à voir avec la prochaine visite du président chinois à Washington. Car Hu Jiantao pourra dire à Barack Obama : “arrêtez d’exiger que je réévalue ma monnaie, mes déséquilibres se corrigent tout seuls”.

Et est-ce que c’est vrai ? En partie. Faiblement, de façon limitée, surtout sur les côtes, pas dans l’intérieur des terres, les salaires augmentent. Les importations de matières premières, venues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, gonflent aussi. Et, c’est vrai, la consommation frémit. Là encore, un indicateur vient de “tomber”. La Chine a été pour la seconde année consécutive le pays au monde où se sont vendus le plus de voitures et de camions l’an dernier, plus de 18 millions, deux fois qu’en 2008. Ce qui est vrai, enfin, est que l’excédent chinois dont on parle tant est moins élevé que l’excédent allemand !

Mais “c’est en partie vrai”… donc, pas totalement ? Il y a du vrai, donc, mais si Pékin veut minimiser par des déclarations apaisantes sa montée en puissance, ce sera difficile. Si on ne se contente pas de regarder son excédent commercial, mais si on va plus loin (ce qui est curieusement peu fait), on constate que les exportations de la Chine ont encore grimpé de 31% l’an dernier, à 1.200 milliards d’euros. Certes, tous ces chiffres doivent tenir compte du fait que beaucoup d’usines chinoises travaillent pour des sociétés occidentales ou assemblent des pièces fabriquées ailleurs. La conclusion est qu’au total quand même, s’il y a un rééquilibrage, le rôle de la Chine dans le commerce international va continuer de croître parce que ce dynamisme lui est vital.

C’est la raison pour laquelle les dirigeants chinois font en permanence le tour du monde ? Exactement ! Il y a toujours un dirigeant chinois quelque part ! Et c’est bien parce que le commerce extérieur leur est vital que le soutien de Pékin à la Grèce, au Portugal, pour racheter de la dette espagnole, ne doit pas être considéré uniquement sous l’angle de l’opportunisme et avec suspicion. C’est cela aussi. Mais la Chine a objectivement intérêt à ce que le reste du monde aille bien aussi pour acheter ses produits. Car il en va, donc, de l’économie chinoise. Il en va aussi en réalité de sa stabilité politique : ses dirigeants savent que leur régime autoritaire ne tient que grâce à la promesse faite aux classes moyennes que la croissance continuera demain. Qui est prisonnier de qui est un autre sujet.

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