L’usine d’aluminium de Dunkerque, la plus grande d’Europe, est reprise par un milliardaire anglo-indien.

Oui, et cette reprise annoncée hier est intéressante parce que c’est un symbole de l’évolution du paysage industriel français depuis trois décennies, de ce qu’est la mondialisation et des questions qu’elle pose. Cette usine d’aluminium de Dunkerque, où sont employés 600 personnes et qui peut sortir 280.000 tonnes par an, a été construite au début des années 90 par Péchiney au temps de sa splendeur, quand le français devenait le numéro un mondial de l’emballage en rachetant un américain.

Mauvaise idée. Péchineyavait vu trop gros, a coulé, et la France a laissé racheter -en 2003- son fleuron par un canadien, Alcan (cela avait été un traumatisme national) , puis par un anglo-australien, Rio Tinto, qui a dépecé l’entreprise. C’est Rio Tinto qui vend aujourd’hui Dunkerque pour 500 millions de dollars à Sanjeev Gupta, Britannique d’origine indienne dont les médias anglais disent qu’il n’a pris que deux fois des vacances dans sa vie, lune de miel comprise. 

Une usine française, puis canadienne, puis australienne, puis anglo-indienne: c’est très représentatif de l’élargissement de l’économie et de l’entrée en force de personnalités venues des pays émergents. Il y a quelques années, on s'en souvient, Arcelor, le sidérurgiste, a déjà été racheté par l’Indien Lashmi Mittal

On peut protester, crier à la dépossession, mais Gupta promet d’investir 2 milliards de dollars pour moderniser et étendre l’activité : tant mieux, dans le cas précis,  il n’y avait personne d’autre. Mais cela montre aussi combien un pays comme la France a besoin de grandes entreprises à capitaux français, a besoin -eh oui- de son CAC40 qui fait des bénéfices et peut investir parce qu’ensuite on n’a plus que les yeux pour pleurer.

L’aluminium est-il un marché d’avenir ?

Ce milliardaire anglo-indien, que Les Echos ont rencontré, y croit - si j’ose dire dur comme fer. Son raisonnement : les obligations environnementales vont contraindre les voitures à être plus légères pour consommer moins de carburant, et vive l’aluminium. Tandis que le nombre de voitures vendues dans le monde va passer d’ici peu la barre des 100 millions par an, et voilà pour la carrosserie. 

Ce sont justement des investisseurs internationaux comme Gupta qu’Emmanuel Macron recevra en grande pompe le 22 janvier prochain sur la route de Davos, pour les inviter à investir en France. Ce ne sera pas à Dunkerque, mais (une nouvelle fois) à Versailles.

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