L’édito éco de Dominique Seux, du journal les Echos.

Vous avez passé trois jours aux Rencontres économiques d’Aix en Provence, qui ont accueilli plus de 700 personnes. Quelles impressions vous ont-elles laissées ?

Impressions est le bon mot. Ces Rencontres d’Aix, la 11ème édition cette année, sont une sorte de mini- Davos dans une atmosphère plus chaude que la célèbre station suisse en hiver. Organisées par le Cercle des Economistes de Jean-Hervé Lorenzi, elles font plancher des dizaines de chefs d’entreprises, d’officiels, d’économistes, français mais aussi de plus en plus d’étrangers, sur les questions clés du moment. L’avantage, c’est que vous pouvez bavarder de façon décontractée avec Jean-Claude Trichet (patron de la Banque centrale européenne), Christophe de Margerie (Total), des économistes chinois, l’étonnant ministre des Finances suédois, qui a une queue de cheval et un anneau à l’oreille mais qui est pourtant un libéral. Ou avec l’écrivain Erik Orsenna. Chacun y vient sans langue de bois. L’ambassadeur d’Allemagne qualifie de lamentable la situation démographique de son pays ; Louis Gallois, le dirigeant d’EADS et Airbus, utilise à peu près le même terme pour déplorer le fait que la France ne forme pas assez d’ingénieurs.

Çà, c’est le contexte. Revenons aux impressions.

C’est compliqué à résumer. Disons qu’il y avait deux grands sujets. Le rôle des Etats et l’Europe.

Sur les Etats, la situation de quasi faillite de beaucoup d’entre eux (Etats-Unis, Europe) après la crise inquiète, terriblement. Comme par exemple, l’incapacité des gouvernements à travailler sur le long terme, au-delà des prochaines élections. Mais une demande ré-émerge, celle d’un Etat stratège en matière industrielle face aux pays émergents qui n’ont pas de scrupule.

L’Europe, maintenant. Le plus net était l’inquiétude sur ce qui va se passer pour la Grèce, et l’absence d’ambition européenne. Finalement, la seule voix européenne (voix et voie) est celle de Jean-Claude Trichet qui expliquer inlassablement que, non, tout n’est pas fichu, et que la zone euro a créé 14 millions d’emplois en dix ans, contre 8 millions pour les Etats-Unis. Un Jean-Claude Trichet bluffé par la réussite allemande. Un Jean-Claude Trichet qui a eu droit à une standing ovation rare en France, où il a été longtemps critiqué.

D’autres idées à retenir ?

Oui ! La crainte, très exprimée, du divorce entre les peuples, les opinions publiques, et les élites. Sur l’Europe, c’est évident, sur l’économie, cela frappe dans les pays avancés. Autre idée, sur les nouvelles technologies, nous sommes passés tous de consommateurs d’informations au rôle de producteurs d’informations, çà c’est banal. Mais la planète Web est elle-même en train de changer, de se déstructurer, les réseaux sociaux remplacent Google, l’information vous parvient par les canaux (les amis) que vous choisissez.

Justement, à propos de nouvelles technologies.

Pour finir sur un sourire :) L’attitude de tous ceux qui assistaient aux conférences - un public concerné et choisi - était frappante. Pendant que les orateurs parlaient, la quasi-totalité pianotaient en même temps des SMS, consultaient leurs mails sur leurs smart-phones et leurs tablettes, y répondaient. Deux choses à la fois. Exactement ce qu’ils ont sans doute reproché à leurs enfants dès qu’ils sont rentrés chez eux hier soir !

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