Dans les jours qui ont précédé la conférence, le gouvernement avait pris soin de diminuer les attentes des observateurs. Il avait prévenu que l’objectif de cette grand-messe n’était pas de faire des choix, mais de fixer des orientations et de définir la feuille de route sociale du quinquennat.

Résultat, l’annonce par Jean-Marc Ayrault de l’ouverture de 8 chantiers menés de front donne le sentiment d’un sommet réussi. La diversité des thèmes retenus aussi qui donne à chaque organisation, patronale et syndicale, des motifs de satisfaction. Chacun y aura trouvé de quoi faire son miel.Si l’on s’intéresse au fond, maintenant, aucun sujet majeur n’a été esquivé. Quatre initiatives retiennent plus particulièrement l’attention sur l’emploi, la retraite, les rémunérations et le financement de la protection sociale. Mais après ces deux jours de débat, on est guère plus avancé, tant les opinions exprimées par les uns et par les autres semblent difficilement conciliables. Sur la retraite par exemple, « On ne peut pas dire que le consensus existe » expliquait ainsi Jean-Claude Mailly le patron de Force Ouvrière.Alors c’est vrai, que ce sera le rôle de la concertation qui va s’engager de faire émerger un consensus. Mais, on le voit. Au lendemain de ce sommet, tout reste à faire.Cette conférence sociale a tout de même permis de faire bouger quelques lignes ? La principale avancée est d’ailleurs venue de là où on ne l’attendait pas. Avec l’annonce de l’ouverture d'une concertation sur la réforme du financement de la protection sociale, afin d'alléger les charges des entreprises.Pendant la campagne présidentielle, François Hollande avait en effet minimisé le problème de compétitivité de la France. En en faisant lundi le deuxième défi du pays, après le redressement des comptes publics mais avant l’emploi, il a opéré une véritable volte-face. Toute la question est de savoir maintenant comment procéder pour alléger effectivement le coût du travail. Le gouvernement ne fait pas mystère de sa volonté de relever le taux de la CSG, qui présente l’avantage de s’appliquer à tous les revenus y compris ceux du capital. Mais, là encore, il faudra convaincre. Car si toutes les parties ou presque rejettent la piste de la TVA sociale, les organisations syndicales divergent sur les solutions de remplacement, la CFDT penchant elle aussi pour la CSG, ce que rejettent FO et la CGT. Au final, ce sommet marque-t-il la rupture annoncée avec le quinquennat précédent en matière de dialogue social ?

On l’a oublié, mais le quinquennat de Nicolas Sarkozy aussi s’était ouvert par une grand-messe sociale. L’idée était déjà de revitaliser le dialogue social, et de définir une méthode et un agenda commun. Les intentions étaient les mêmes.Mais le projet s’est heurté à un autre principe de l’action de Nicolas Sarkozy celui de l’urgence. Et le tempo du dialogue social est rapidement devenu incompatible aux yeux du président avec celui d’une réforme qu’il fallait mener tambour battant.François Hollande n’est manifestement pas dans la même logique. Il est prêt à donner du temps au temps, comme disait l’un de ses prédécesseurs à l’Elysée. Il s’y est engagé en donnant la priorité au compromis avec les organisations syndicales. Il a d’ailleurs fixé à l’année prochaine le premier bilan du dialogue entamé au cours des deux derniers jours. Surtout, pour renforcer encore son engagement, le Chef de l’Etat s’est engagé à inscrire le dialogue social dans la Constitution. Il n’y aura plus de texte législatif à caractère économique ou social sans une phase de dialogue.Toute la question est de savoir si le temps de la démocratie sociale est compatible avec celui de la crise. En clair, de savoir si la situation économique et financière permettra d’attendre pour trancher des questions aussi capitales que la compétitivité du pays ou l’emploi. Rien n’est moins sûr. En tout cas, comme l’écrit ma consoeur des Echos Cécile Cornudet, « pour les réformes sociales, le changement n’est pas pour maintenant ».

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