Ce matin, Dominique Seux souligne le manque de dignité de l'ancien président de la commission Européenne qui va rejoindre Goldman Sachs en tant que président non-exécutif.

Jose Manuel Barroso donnant son dernier discours à la commission en 2014
Jose Manuel Barroso donnant son dernier discours à la commission en 2014 © Maxppp / Patrick Seeger

L'ancien président de la commission européenne José Manuel Barroso va rejoindre Goldman Sachs comme président non exécutif à Londres. Cela a été annoncé vendredi. Est-ce choquant ?

Bien évidemment, c'est choquant. Et je vous assurre qu'on ne cible pas un portugais ce matin par esprit de vengeance. C'est choquant parce que -on va utiliser des mots simples- cela manque de dignité -tout bêtement- de la part de quelqu'un qui a été à la tête de l'exécutif européen pendant dix ans. Cela abaisse rétrospectivement la fonction. On avait pensé la même chose quand l'ancien chancelier allemand Gerhard Schroder est devenu conseiller de l'entreprise russe GazProm. C'est choquant ensuite parce que rejoindre Goldman Sachs, ce n'est pas aller travailler pour n'importe qui. La banque d'affaires américaine, une plus influentes au monde, a une responsabilité certaine dans le maquillage des comptes publics grecs qui a trompé toute l'Europe ; et elle a participé à la dérive financière qui a conduit à la crise de 2008. Ce choix n'est pas neutre. Enfin, cette décision de Barroso est incroyable puisque sa feuille de route est d'aider la finance anglo-saxonne dans le cadre du Brexit. Alors que le Brexit est le rejet par Londres de ce qui fait l'unité des Vingt-sept autres pays. On a envie d'utiliser un mot fort : la trahison. Oui, c'est triplement choquant et peu honorable.

Mais au-delà de la personne, c'est le genre de décision qui nourrit l'europhobie.

Marine Le Pen a tweeté ceci « Barroso chez Goldman Sachs : rien d'étonnant pour ceux qui savent que l'Union européenne ne sert pas les peuples mais la grande finance ». C'est factuellement faux puisque on ne peut pas dire que la Banque centrale européenne nourrit la grande finance avec sa politique de taux d'intérêt à zéro qui l'asphyxie plutôt. Mais c'est absolument désastreux en terme d'image même s'il ne faut pas exagérer l'influence de Barroso chez Goldman Sachs, Barroso dont les compétences ont toujours été, disons-le aimablement, discutées.

Mais il faut aller plus loin, sur ce que sont les membres de l'exécutif européen...

Oui, ou plutôt sur la façon dont ils se considèrent eux-mêmes. Qu'il s'agisse de Barroso ou de tous les autres ex-commissaires européens qui ont monneyé leur carnet d'adresses toutes ces dernières années, le fond de l'affaire est qu'ils ne se considèrent pas comme des responsables politiques mais comme des techniciens chargés d'un travail technique. Ils ne se préoccupent pas du regard des Européens sur la Commission. C'est une profonde, une énorme erreur dont ils ne sont pas entièrement responsables puisque les gouvernements les infantilisent quand ils ne les snobent pas et leur font porter le chapeau de tout ce qui ne va pas en Europe. Au fond, la seule bonne nouvelle est que la commission Juncket est beaucoup plus politique.

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