Une question toute simple ce matin : pourquoi les Français semblent-ils atteints par un ras-le-bol fiscal ?

Oui, c’est bien la sensibilité aux questions fiscales qui explique pourquoi Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont changé de pied sur le calendrier des baisses d’impôts. Après la déclaration de politique générale donnant l’impression d’un report, les députés En Marche ont remonté le mécontentement de leurs circonscriptions et les milieux économiques ont eu le sentiment d’avoir été « blousés ». Le président a eu, je crois, une obsession : ne pas rééditer ce qui s’était passé pour Sarkozy et Hollande. Pendant la moitié de leur mandat chacun, Sarkozy a traîné, après 2007, son « paquet fiscal » et Hollande, après 2012, son coup de massue. Si le sujet est aussi éruptif, c’est -tout bêtement excusez-moi- que les impôts sont élevés en France. J’ai regardé les statistiques du Fonds monétaire international. Sur les 129 pays recensés et n’étant pas en guerre, la France est -en partant du haut- le 3ème pays au monde qui prélève le plus de recettes publiques en pourcentage de sa richesse nationale. Après le Koweit et la Finlande. On tourne autour de 53% quand la moyenne de la zone euro est à 46%. Naturellement, il y a une part de choix collectifs, ce qui est ici financé par l’impôt l’est par l’épargne privée ailleurs (les retraites par exemple). Ce système social a ses grandeurs et ses vertus (sur la santé bien sûr) mais il est onéreux. Redisons-le : troisième sur 129.

Et on peut être plus concret encore – dites-vous.

On peut donner quelques éléments précis qui expliquent le ras le bol fiscal. En 2007, les impôts et cotisations sociales payés par les ménages -CSG, TVA, impôt sur le revenu, impôts locaux- s’élevaient à 446 milliards d’euros. Retenez ce chiffre. Dix ans plus tard seulement, cette année, il est de 588 milliards. Il y a eu un peu d’inflation, en fait pas beaucoup, et de croissance, mais c’est une hausse importante. Le seul impôt sur le revenu est passé, lui, de 49 à 75 milliards : + 53%. Et cet impôt sur le revenu est payé par environ quatre Français sur dix seulement. Cela fait beaucoup de statistiques ce matin, mais elles permettent de comprendre le ressenti d’une partie de nos concitoyens. Si on allait dans le détail, on verrait que la pression fiscale est plus élevée que dans beaucoup de pays dans tous les domaines, le travail, le capital, l’épargne etc. Encore une fois, il n’est pas question de dire que les services publics rendus sont inutiles, mais de se poser la question de la rémunération après impôts du travail et des risques pris à investir. Toute la difficulté pour les pouvoirs publics est que même quand ils envisagent d’augmenter les taxes pour des raisons compréhensibles –le tabac, la pollution-, l’environnement général est tel que cela ne passe plus ou mal.

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