L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____L’Insee dévoile ce matin la photographie précise de ce qu’ont consommé les Français en 2008, et il est utile de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur même si l’année 2009 est bien engagée. La photographie de l’Insee permet en effet de reconstituer image par image les effets de la crise sur notre vie quotidienne. Le premier enseignement est que 2008 a bien été une année de ruptures, au pluriel. Si l’Insee estime que la consommation a « résisté », sa progression, de 1%, a été la plus ratatinée depuis dix ans. La raison en est la mollesse du pouvoir d’achat, qui a globalement connu la hausse la plus limitée depuis 12 ans et qui n’a même pas augmenté du tout si on affine le diagnostic. Le grand responsable en est bien sûr la flambée des prix des carburants, presque 13%, et de l’alimentation. Deux chocs qui ont d’ailleurs eu des impacts inverses. La hausse du prix de l’essence a provoqué un tassement de sa consommation, le plus fort depuis 34 ans. La hausse des prix alimentaires, elle, n’a pas forcé les Français à manger moins, sauf de la viande, mais à augmenter leur budget nourriture, qui baissait depuis dix ans. Voilà pour les ruptures, bien réelles. Il y a aussi plusieurs tendances lourdes. Le poste des produits de haute technologie, les ordinateurs, les téléphones portables, les téléviseurs, ne cesse de gagner du terrain. Les Français sont boulimiques, compulsifs, ils renouvellent sans cesse ce qu’ils ont. Les vedettes de l’an dernier ont été, dans l’ordre, les télévisions à écran plat (+ 25%), les ordinateurs (+ 11%), mais c’est le chiffre le plus bas depuis 15 ans, et les téléphones. La seconde tendance est bien connue, c’est le plébiscite des petites voitures. Ce qui est plus nouveau, c’est l’évolution de la consommation de transports collectifs. En 2008, les Français ont moins utilisé l’avion, notamment à cause de la concurrence du TGV Est, mais beaucoup plus, justement, le train. Dernière tendance confirmée, la hausse des dépenses de santé non remboursées par la sécurité sociale, + 17% en trois ans. Conclusions. On voit la part du plaisir dans la consommation, crise ou pas crise, pourvu que des produits innovants soient proposés. C’est le cas avec la high-tech, qui contribue pour un tiers un tiers dans la hausse de la consommation de 2008. Ensuite, les politiques publiques ont vraiment des effets sur les comportements, parfois mal anticipés. L’effet de la prime à la casse est connu, mais l’interdiction de fumer dans les cafés a fait reculer leur chiffre d’affaires de près de 5%. Pour la même raison, les ventes de jeux de hasard, Loto, Tacotac, ont reculé d’autant. Troisième point, ces statistiques ont un défaut : manque la consommation de ce qui est… gratuit, pas l’air que l’on respire, mais par exemple avec Internet. L’Insee nous apprend que les téléchargements payés de chansons pour mobiles ont représenté 12% des ventes de musique. C’est intéressant à savoir avec l’annulation de la loi Hadopi, mais on ne connaît pas le manque à gagner pour cause de téléchargement illégal. 2008, année d’entrée dans la crise, a été une année de ruptures. C’est une certitude, l’année prochaine à la même date, on en constatera bien d’autres encore pour 2009.

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