En décembre, le gouvernement avait demandé à un économiste, Christian de Perthuis, des propositions sur la fiscalité écologique… Ses propositions sont rendues publiques aujourd'hui

Ceux d’entre nous qui pensaient en avoir fini avec les impôts après l’idée, en mai, d’une taxe sur les tablettes et autres smartphones, puis après, la semaine dernière, la décision sur le quotient familial, (ceux-là) en sont pour leurs frais : la taxe carbone – qu’on avait oublié depuis 2009 - est effectivement de retour. Pourquoi ? En décembre, le gouvernement avait demandé à un économiste, Christian de Perthuis, des propositions sur la fiscalité écologique ; ces propositions seront rendues publiques jeudi, mais il les dévoile dans Les Echos ce matin. Au passage, on ne peut s’empêcher d’être béat d’admiration devant notre génie collectif pour inventer des impôts ; si on pouvait déposer des brevets et concourir à un Prix, Bercy serait riche et la France aurait un Nobel.

Vous persiflez, mais le sujet est sérieux… !

C’est vrai. Avant de voir les propositions pratiques, disons que l’objectif fixé par le gouvernement était triple : renchérir le prix des carburants qui polluent ; inciter les consommateurs à diminuer leur consommation de pétrole, qui finira par manquer ; dégager des ressources pour financer des aides aux entreprises, comme le crédit d’impôt compétitivité annoncé en novembre. Concrètement, l’économiste propose d’augmenter, progressivement d’ici 2020, les taxes sur l’essence de près de 3 centimes par litre, et les taxes sur le diesel de 10 centimes par litre. Logiquement, l’écart de prix entre les deux types de carburants serait réduit pour être ramené à 12 centimes.

Ce serait un gros changement ?

Ce qui est malin est que la hausse ne commencerait vraiment qu’après 2014, en clair après les élections municipales. Ce qui est malin aussi est que cette hausse serait progressive. Ce ne serait pas comme avec la taxe carbone version Sarkozy de 2009, quand le prix des carburants s’apprêtait à augmenter de 4 centimes par litre dès le lendemain matin – avant l’annulation par le Conseil constitutionnel. Ce qui est malin enfin est que Christian de Perthuis propose des compensations pour les ménages modestes.

Mais ces idées seront forcément discutées ?

D’un côté, on sait que la consommation de carburant et donc la pollution dépendent, comme pour les cigarettes, des prix. Mais de l’autre, on sait qu’il existe un autre levier pour agir, c’est forcer les constructeurs automobiles à innover sur le plan technologique. C’est ce qui se passe depuis dix ans, avec des normes draconiennes – il faut continuer. Les voitures d’aujourd’hui consomment moins et avec la généralisation des filtres à particules, les véhicules neufs émettent moins de particules fines. L’argent dépensé en recherche (qui est répercuté sur le prix de vente des voitures) n’est-il plus utile qu’une taxe de plus ? Il ne faut donc pas être dupes des visées budgétaires de ces propositions. A ce propos, une anecdote : la TIPP a été inventée, en 1928, pour compenser le mort d’un très vieil impôt, l’impôt sur le sel. Rien de neuf sous le soleil sauf, c’est vrai, le réchauffement climatique !

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.